Dyslexie / Dysorthographie

 

Quand lire et écrire fait souffrir : l’A, B, C de la dyslexie

 

Auteure : Marie-Claude Guay, Ph.D.

Émile : un enfant pas comme les autres

Émile a 8 ans et il est en 3ème année du primaire. C’est un garçon charmant, toujours de bonne humeur et mordu de sports : hockey, ski, vélo, natation. À l’école, il aime surtout la récréation et les cours d’éducation physique. Il s’intègre facilement, il a plusieurs amis et il fait même preuve d’un bon leadership. Pourtant, il se sent différent des autres. Il a l’impression d’être moins intelligent car il a de la difficulté en français, autant en lecture qu’en écriture. Il est suivi en orthopédagogie à l’école depuis la 1ère année mais en dépit de ce suivi, les difficultés persistent. D’ailleurs, même s’il consacre beaucoup de temps avec ses parents à étudier ses mots de vocabulaire à la maison, il fait toujours plusieurs fautes lors des dictées du vendredi. Ses parents se demandent si Émile n’a pas un problème de mémoire.

Récemment, lors d’une évaluation de compréhension de lecture réalisée en classe, Émile n’a répondu à aucune question. Son enseignante, qui voulait tout de même apprécier sa compréhension de textes, lui a fait la lecture à voix haute et lui a demandé de répondre verbalement aux questions. Quelle surprise! Émile est le seul élève de la classe à avoir répondu correctement à toutes les questions! Émile n’a donc pas un problème de compréhension de textes, mais plutôt un problème de décodage de la lecture. Il lit lentement, de manière saccadée et il ne respecte pas la ponctuation. Évidemment, ses difficultés de décodage affectent sa compréhension des textes lorsqu’il les lit par lui-même, mais si quelqu’un prend la peine de lui lire oralement les textes, on se rend vite compte qu’il comprend les propos.

Au dernier bulletin, le retard d’Émile dans ses apprentissages en français sont tels que l’école envisage un redoublement. Or, avant d’accepter cette suggestion, les parents, désireux de mieux comprendre la nature des difficultés de leur enfant, ont choisi de consulter en neuropsychologie.

 

Quand le diagnostic psychologique ou neuropsychologique retenu est celui de la dyslexie-dysorthographie

Selon la plus récente version du DSM-5 (2013), il y aurait entre 5 et 15% des enfants d’âge scolaire qui présenteraient un trouble d’apprentissage. Parmi les troubles d’apprentissage spécifiques, la dyslexie est de loin le trouble le plus fréquent. Malheureusement, elle est encore méconnue et trop tardivement identifiée. Encore aujourd’hui, plusieurs personnes pensent à tort que la dyslexie se limite au fait que les enfants mélangent ou inversent des lettres. Bien qu’il s’agisse effectivement d’une des manifestations de la dyslexie, l’inversion de lettres ne permet pas ni d’expliquer, ni de comprendre les difficultés des jeunes qui ont une dyslexie.

 

Les deux voies d’accès à la lecture

La voie lexicale ou voie d’adressage

En fait, pour bien comprendre la nature du trouble, il est important de saisir le fonctionnement des deux voies d’accès à la lecture. Vous par exemple, qui êtes en train de lire ces quelques lignes, en tant qu’habile lecteur, vous êtes en mesure de lire rapidement parce que vous reconnaissez les mots dans leur forme globale. Lorsque vous voyez le mot «rapidement», vous le reconnaissez globalement ; cela signifie que vous n’avez pas besoin de le décortiquer en ses différentes syllabes «ra-pi-de-ment». Le fait de reconnaître globalement les mots réfère à ce qu’on appelle la voie lexicale ou la voie d’adressage. La reconnaissance globale des mots nous permet donc d’avoir une lecture rapide et fluide. De plus, elle nous permet de reconnaître les mots irréguliers comme «monsieur» ou «chorale» et de distinguer les homonymes comme «faim» et «fin». 

La voie d’assemblage ou voie phonologique

Par ailleurs, si lors de vos prochaines vacances, vous avez la chance d’aller visiter les Pays-Bas et que le Néerlandais ne vous est pas familier, il vous sera impossible de lire les noms de rues ou de regarder les menus des restaurants en vous référant à la reconnaissance globale des mots puisque ce seront tous des nouveaux mots. Pour tenter de lire le Néerlandais, vous n’aurez d’autres choix que de tenter de segmenter les mots en leurs différentes composantes. Vous allez donc lire les mots syllabes par syllabes et tenter ensuite de former un tout. Pour ce faire, vous aurez recours à ce qu’on appelle la voie d’assemblage ou la voie phonologique, soit la voie qui nous permet de faire la correspondance entre les graphèmes que l’on voit (les lettres) et les phonèmes que l’on entend (le son des lettres et des syllabes). 

 

On parle de dyslexie lorsqu’il y a une atteinte à l’une ou l’autre ou aux deux voies d’accès à la lecture. Par conséquent, nous retenons trois formes de dyslexie, soit :

  • la dyslexie phonologique lorsqu’il y a atteinte de la voie d’assemblage,
  • la dyslexie lexicale lorsqu’il y a atteinte de la voie d’adressage,
  • la dyslexie mixte lorsque les deux voies d’accès à la lecture sont touchées.

 

L’impact sur l’écriture

Évidemment, lorsque les voies d’accès à la lecture sont atteintes, cela se répercute aussi à l’écrit. C’est pourquoi plusieurs professionnels parlent de dyslexie-dysorthographie.

Lorsque la voie phonologique est touchée, les enfants ont de la difficulté à reconnaître le son des lettres et à découper les mots en syllabes. Ainsi, ils peuvent écrire «ganbagne» pour campagne ou «cenon» pour guenon.

Lorsque l’atteinte touche la voie d’adressage, les enfants ont de la difficulté à mémoriser l’orthographe d’usage des mots. Ainsi, ils ont tendance à écrire les mots comme ils se prononcent et ont du mal à retenir les régularités orthographiques. Il peuvent donc écrire «demint» au lieu de demain, «anfent» au lieu d’enfant ou «jouest» au lieu de jouet. Il faut comprendre ici que même si l’enfant étudie ses mots de vocabulaire à la maison, ses difficultés à mémoriser l’orthographe d’usage font en sorte que plusieurs erreurs se glissent dans ses productions écrites.

 

Comment l’évaluation neuropsychologique peut-elle être utile pour mieux comprendre les difficultés d’apprentissage d’un enfant?

Tout d’abord, l’évaluation neuropsychologique permet de tracer un profil cognitif complet des capacités de l’enfant, c’est-à-dire qu’elle permet de cibler autant les forces sur le plan intellectuel que les faiblesses. L’analyse des résultats obtenus permet ensuite de déterminer si l’enfant souffre d’un trouble spécifique des apprentissages comme par exemples une dyslexie-dysorthographie ou une dyscalculie ou plutôt, s’il présente des difficultés d’apprentissage reliées à une autre condition comme par exemples le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité et impulsivité (TDAH) ou des difficultés émotionnelles. Le trouble spécifique d’apprentissage se distingue d’un retard simple des apprentissages par la présence d’atypies ou d’anomalies dans les mécanismes d’apprentissage. Autrement dit, l’enfant qui a un trouble d’apprentissage n’apprend pas à lire, à écrire ou à compter comme les autres ; d’où la nécessité de bien comprendre la nature de ses difficultés afin d’être en mesure d’orienter les interventions et le soutien pédagogique en fonction de ses besoins particuliers.

À l’issue de l’évaluation, le neuropsychologue est habituellement en mesure de se prononcer sur les difficultés d’apprentissage et de confirmer, le cas échéant, la présence d’un trouble spécifique d’apprentissage. Il fera alors des recommandations qui tiennent compte des besoins particuliers de l’enfant. Ces recommandations sont formulées pour le milieu scolaire et pour mieux outiller les parents dans le soutien qu’ils peuvent apporter à leur enfant.

 

L’avenir de ces jeunes au delà du diagnostic

Nous avons vu plus tôt que la dyslexie est le trouble d’apprentissage le plus fréquent. Or, la bonne nouvelle, est qu’il s’agit d’un trouble d’apprentissage pour lequel nous avons des interventions efficaces et des mesures de soutien pédagogique favorisant les apprentissages des jeunes.

Tout d’abord, la rééducation de la dyslexie, qui se fait souvent en orthopédagogie ou en orthophonie, vise à aider l’enfant à développer la voie phonologique, c’est-à-dire que l’orthopédagogue ou l’orthophoniste aide l’enfant à segmenter les mots en syllabes et aide l’enfant à faire la correspondance entre les graphèmes et les phonèmes (entre les lettres qu’il voit et le son de ces lettres). La rééducation de la voie phonologique est importante car elle est nécessaire à l’utilisation des outils d’aide technologique qui peuvent aider les jeunes dyslexiques. Outre la rééducation de la voie phonologique, certaines interventions visent à aider l’élève qui a une atteinte de la voie lexicale (reconnaissance globale des mots) à mémoriser certaines régularités orthographiques.

 

Retour sur les résultats de l’évaluation d’Émile

L’évaluation neuropsychologique a permis de mettre en évidence qu’Émile est un enfant intelligent puisque son fonctionnement intellectuel est dans la moyenne. En revanche, le neuropsychologue a pu identifier des atypies dans les mécanismes d’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Il a donc conclu à la présence d’une dyslexie mixte; c’est-à-dire que les deux voies d’accès à la lecture sont touchées. À partir de ce moment, le plan d’intervention individualisé (PII) rédigé par l’équipe école pourra être adapté en fonction des résultats de cette évaluation et des besoins spécifiques d’Émile.

 

Conclusion

La dyslexie-dysorthographie est un trouble d’apprentissage fréquent pour lequel nous avons des moyens d’intervenir. Toutefois, il est important de garder à l’esprit que plus le trouble est identifié tôt dans la vie de l’enfant, plus vite il pourra bénéficier des services de rééducation appropriés et meilleure sera ainsi le pronostic. Gardons l’œil ouvert et n’hésitons pas à référer en neuropsychologie un enfant intelligent qui peine, au jour le jour, à apprendre à lire et à écrire.

 

Ressources

Livres

Site internet

 

Auteure

MC GuayMarie-Claude Guay, Ph.D., est professeure au département de psychologie à l’UQAM et chercheure associée à la Clinique des troubles de l’attention de l’Hôpital Rivière-des-Prairies et au Centre Jeunesse de Montréal-Institut Universitaire (CJM-IU). Ses travaux de recherche portent sur l’évaluation du trouble du déficit de l’attention avec et sans hyperactivité (TDAH et TDA), ainsi que sur l’évaluation des troubles d’apprentissage de la lecture et de l’écriture (dyslexie-dysorthographie). De plus, les études qu’elle mène visent à mesurer l’efficacité de programmes d’intervention novateurs visant à améliorer les fonctions cognitives déficitaires associées au TDAH, au TDA et à la dyslexie-dysorthographie ainsi qu’à réduire les difficultés d’adaptation de ces jeunes.

Au cours de sa carrière, Mme Guay a souvent été consultée à titre d’experte dans le domaine du TDAH et de la dyslexie-dysorthographie. Elle a notamment fait partie du comité de rédaction des lignes directrices pour la dyslexie qui ont été publiées par l’Ordre des psychologues du Québec en 2014.

Mme Guay est également neuropsychologue clinicienne. Elle a fondé le Centre de psychologie M-C Guay où elle travaille avec une équipe de neuropsychologues et d’étudiants au doctorat en psychologie. Sa clinique se spécialise dans l’évaluation diagnostique des troubles d’apprentissage, des troubles neuro-développementaux et dans l’évaluation diagnostique de cas complexes. Elle couvre une clientèle variée, soit de la petite enfance à l’âge adulte. Également, des services de psychothérapie sont offerts. Pour de plus amples informations, consulter son site web.