Histoire de la neuropsychologie au Québec

La neuropsychologie québécoise s’inscrit dans la tradition nord-américaine plutôt qu’européenne, tout en ayant conservé, depuis les années 1980, des liens étroits avec l’Europe francophone.
Les débuts : Montréal, berceau nord-américain
Tout commence à l’Institut neurologique de Montréal (Université McGill), où recherche et pratique clinique se développent main dans la main.
- Wilder Penfield (1934–1960) fonde l’Institut et y pratique la chirurgie de l’épilepsie tout en menant ses recherches. En stimulant électriquement le cerveau de ses patients, il cartographie les zones motrices et sensorielles, des travaux qui remettent aussi en question les théories dominantes de la mémoire à l’époque.
- Brenda Milner introduit les méthodes expérimentales anglo-saxonnes. Dans les années 1950, son étude du célèbre patient HM documente les mécanismes des troubles de mémoire et établit que différents systèmes de mémoire gouvernent des activités distinctes. Le prix Nobel Eric Kandel la crédite d’avoir fait le pont entre neurobiologie et psychologie.
Crédit photo : NEURO - Institut neurologique de Montréal
L’essor : les années 1970-1980
- André Roch Lecours devient la figure marquante de l’aphasiologie et de la neuropsychologie cognitive au Québec. Formé à Boston puis à Paris, il fonde en 1984 le Centre de recherche Côte-des-Neiges (aujourd’hui le CRIUGM), créant un espace d’échanges scientifiques unique entre le Québec, la France, la Belgique et la Suisse.
Lui succèdent :
- Yves Joanette (1997–2009), qui élargit la réputation internationale du centre, notamment en recherche sur le vieillissement ;
- Sylvie Belleville, directrice actuelle, spécialiste du vieillissement cognitif. Le CRIUGM regroupe aujourd’hui plus de 40 chercheurs et 30 stagiaires postdoctoraux, organisés autour de deux axes : Neurosciences du vieillissement et Promotion de la santé, soins et intervention.
Maryse Lassonde fait quant à elle progresser la neuropsychologie pédiatrique, notamment par ses recherches sur le corps calleux et l’épilepsie. En 1988, elle crée le premier programme de doctorat recherche/intervention en neuropsychologie clinique, accrédité par la Société canadienne de psychologie (SCP) en 1999 et toujours actif aujourd’hui.
La formation aujourd’hui
Depuis le 27 juillet 2006, un doctorat est obligatoire pour pratiquer la neuropsychologie au Québec. Le programme de l’Université de Montréal forme un grand nombre de neuropsychologues cliniciens; environ un tiers d’entre eux se tournent ensuite vers la recherche.
Où se fait la recherche
Plusieurs pôles universitaires soutiennent le domaine au Québec :
- Les Centre de recherche en neuropsychologie et en cognition (CERNEC) et le Laboratoire International de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS), à l’Université de Montréal
- Le Groupe de recherche en neurobiologie comportementale de l’Université Concordia
- L’Institut des neurosciences cognitives (INC) de l’UQAM
- L’axe Cognition, Langage et Perception du département de psychologie de l’Université McGill, associé à l’Institut neurologique de Montréal
- Des programmes dédiés à la neuropsychologie à l’Université Laval et à l’Université de Sherbrooke
L’imagerie cérébrale, un atout québécois
- L’Institut neurologique de Montréal demeure un chef de file international en neuroimagerie.
- L’Unité de neuro-imagerie fonctionnelle du CRIUGM, dirigée par Julien Doyon, est inaugurée en septembre 2004 et équipée depuis janvier 2008 d’un IRM 3.0T (Siemens TRIO TIM). Elle entretient des collaborations internationales, notamment avec des équipes de l’INSERM en France et le réseau International Laboratory for Neuroimaging and Modeling (LINeM).
- Le Centre hospitalier de l’Université de Montréal et l’Université de Sherbrooke disposent d’équipements d’imagerie avancée dédiés respectivement à l’intervention vasculaire et à l’oncologie.
- L’Hôpital Douglas sera bientôt doté d’une nouvelle plateforme de neuro-imagerie pour la recherche à la fois chez l’humain et chez l’animal.
- Plusieurs chercheurs québécois ont par ailleurs développé une expertise reconnue dans le domaine des potentiels évoqués cognitifs.
- Le laboratoire de magnétoencéphalographie (MEG), dirigé par Pierre Jolicoeur au CERNEC, est une installation unique au monde, dédiée à l’étude de la perception, de la mémoire et du langage avec une résolution temporelle à la milliseconde près. Les chercheurs y combinent les données MEG avec l’EEG, l’IRM, l’IRMf et le NIRS.
Rayonnement international
En mai 2009, Montréal accueille avec succès le congrès de printemps de la Société de neuropsychologie de langue française, illustrant la vitalité des liens entre le Québec et l’Europe. Le comité organisateur réunissait Nicole Caza, Sylvie Belleville, Yves Joanette et Ana Inès Ansaldo.
Remerciements
L’auteur remercie Yves Joanette, Sylvie Belleville, Isabelle Rouleau et Francis Eustache pour leurs commentaires et suggestions sur le texte.
Repères bibliographiques
Le texte original s’appuie sur une dizaine de références, notamment les travaux fondateurs de Penfield et Jasper sur l’épilepsie (1954), l’étude de Scoville et Milner sur la mémoire et le patient HM (1957), ainsi que des publications de Lecours sur l’aphasie (1979) et de Joanette sur la spécialisation de l’hémisphère droit (1990), en plus d’études plus récentes sur la démence, la maladie d’Alzheimer et l’apprentissage moteur.
Adapté et condensé à partir de l’article original « Histoire de la neuropsychologie au Québec » de Sven Joubert, disponible ici.

Sven Joubert, Ph.D., a fait son doctorat en neuropsychologie à l’Université de Montréal. Il a ensuite poursuivi sa formation postdoctorale dans le Service de Neurologie et de Neuropsychologie du professeur Poncet à l’Hôpital de la Timone, et au sein du Laboratoire de Neurophysiologie et de Neuropsychologie de l’Équipe INSERM EMI 9926 (Marseille, France). Il est aujourd’hui chercheur au Centre de recherche de l’IUGM et professeur au Département de psychologie de l’Université de Montréal.