TDAH

 

Auteur: Benoît Hammarrenger, Ph.D.

Le Trouble de déficit de l’attention avec/sans hyperactivité (TDAH) est le diagnostic à la mode des années 2000. On en entend parler un peu partout : à l’école lors des réunions avec l’enseignante,  entre parents à l’aréna ou autour d’un souper, à la radio, à la télé, dans les journaux, etc. On entend ou on lit des reportages catastrophes sur la médication et souvent l’un et l’autre aura son opinion très tranchée quant à ce diagnostic, mais surtout quant à son traitement principal : la médication. Dans cet article, nous essaierons d’établir l’état des connaissances objectives et scientifiques sur le sujet, afin de vous aider à prendre des décisions éclairées pour le diagnostic et le traitement du TDAH.

 

Deux tableaux pourtant bien différents

En effet, c’est la première chose que l’on remarque et qui surprend quand on entend le nom de ce diagnostic. Quand on pense au déficit d’attention, on pense à l’enfant qui est dans la lune et rêveur, un peu lent à se mettre en action, qui perd le fil de son travail parce qu’il part dans ses rêveries. un enfant que l’on perçoit souvent comme plus renfermé et introverti, rarement perturbateur en classe. Inversement, l’enfant hyperactif est celui qui ressort tout de suite du groupe par son agitation et son impulsivité. Il est plus souvent décrit comme celui qui dérange le groupe, qui prend de la place et qui agit de manière irréfléchie.

Voyons tout d’abord les critères reconnus pour ces deux entités diagnostiques:

—         Inattention (DSM-5, 2013)

  • Ne parvient pas à porter attention aux détails, fait des fautes d’étourderie;
  • A du mal a soutenir son attention au travail ou dans les jeux;
  • Semble souvent ne pas écouter quand on lui parle;
  • Ne se conforme pas aux consignes et ne parvient pas à mener à terme ce qu’il fait;
  • A du mal à s’organiser;
  • Évite ou a en aversion les tâches qui demandent un effort mental soutenu;
  • Perd ses objets;
  • Se laisse facilement distraire par des stimuli externes;
  • A des oublis fréquents.

—         Hyperactivité/impulsivité (DSM-5, 2013)

  • Remue les mains ou les pieds, ou se tortille sur son siège;
  • Se lève dans des situations où il doit rester assis;
  • Court ou grimpe partout;
  • A du mal à se tenir tranquille dans les jeux ou loisirs;
  • Agit comme s’il était “monté sur ressorts”;
  • Parle trop;
  • Laisse échapper une réponse à une question qui n’est pas encore entièrement posée;
  • A du mal à attendre son tour;
  • Interrompt souvent les autres ou impose sa présence. 

 

Alors puisque ces deux versants du TDAH semblent si différents, pourquoi les inclut-on dans un seul et même trouble? Et pourquoi leur attribue-t-on généralement le même traitement pharmacologique, c’est-à-dire la même médication que l’enfant soit inattention ou hyperactif? En fait la réponse à cette question se trouve dans la neurologie. Ce sont les mêmes portions du cerveau, celles de l’aire préfrontale, qui s’occupent à la fois de stimuler l’attention et la vigilance de l’enfant, et à la fois de lui permettre de s’auto-contrôler et de gérer son impulsivité. Or l’inattention et l’hyperactivité réfèrent à une immaturité ou à un dysfonctionnement des mêmes régions du cerveau, ce qui en fait une seule et même entité diagnostique.

La meilleure façon d’expliquer simplement le rôle de l’aire préfrontale serait de la comparer à un filtre. Un filtre qui permet à l’enfant de déterminer ce à quoi il porte attention, tout en retenant dans le filtre les distractions non pertinentes autour de lui, auxquelles il ne doit pas porter attention. Ce filtre permet également à l’enfant de retenir en dedans ses comportements qui ne sont pas appropriés au contexte, ce qui est à la base de l’auto-contrôle. Le filtre permet de retenir une envie de se lever en pleine classe, une envie de répondre sans lever la main, ou de retenir une explosion de colère pour ne laisser transparaître qu’un mécontentement par exemple. C’est donc ce filtre qui fait défaut chez l’enfant inattentif qui ne parvient pas à s’empêcher de porter attention aux bruits autour de lui, ou même à ses propres pensées, et qui fait également défaut chez l’enfant hyperactif qui ne parvient pas à contrôler ses envies, ses réactions et émotions.

 

“C’est juste au Québec. Ici on en diagnostique de plus en plus”

C’est une inquiétude, voire une préoccupation fréquente des parents. Cette impression qu’au Québec, on a le “diagnostic facile” pour le TDAH, alors qu’il ne s’agirait que d’enfants normaux, qui seraient passés parfaitement inaperçus il y a une vingtaine d’années. 

Première chose, l’état des connaissances actuelles nous démontre assez clairement un taux de prévalence uniforme de TDAH à travers le monde (au moins à travers le monde occidental), oscillant entre 5% et 7% des enfants (Polancyk et al., Am J Psychiatry 2007). Il y a toutes les raisons de croire que ce taux fut le même à travers les époques et à travers les nations. La meilleure explication de l’origine du TDAH serait génétique, laissant croire qu’une tare génétique affecterait de manière uniforme tous les humains, où qu’ils soient, et que cette tare génétique programmerait le développement du cerveau de manière à ce qu’il y ait un sous-développement des aires péfrontales du cerveau. Le TDAH serait expliqué à 75% par transmission génétique (Faraone & Mick, 2010)

Ceci dit, d’autres facteurs peuvent contribuer à la manifestation d’un TDAH, tels que la prématurité, ou la consommation de substances (drogues, tabac, alcool) pendant la grossesse. De plus, il existe bel et bien des hypothèses selon lesquelles l’activité humaine, par la pollution de l’air et de l’eau, et par la contamination des aliments aux pesticides, aurait contribué à une augmentation des cas de TDAH au cours des dernières années. Le cerveau serait particulièrement vulnérable chez le fœtus en développement, lorsque la mère serait exposée à ces contaminants. Chose certaine cependant, ce n’est pas juste au Québec que ça se passe.

Il faut également tenir compte du fait que la scolarisation est de plus en plus valorisée et nécessaire de nos jours, ce qui expose davantage ceux pour qui l’attention est difficile à soutenir en classe. Également, plus de professionnels sont formés et disposent de plus de données scientifiques pour se prononcer sur ce diagnostic. Par contre, y a-t-il également de faux diagnostics de TDAH ? La réponse est oui, et il en sera question plus bas dans cet article.

 

Un TDAH c’est pour la vie?

Il n’y a qu’une douzaine d’années à peine, on aurait répondu oui à cette question. Aujourd’hui, des études récentes et solides laissent entrevoir de bien meilleures nouvelles quant au pronostic de ce syndrome. Il semble maintenant que plus ou moins 50% des jeunes atteints du TDA/H, en seront “guéris”  une fois devenus adultes (Polanczyk et al., Am J Psychiatry 2007). Attention, on ne parle pas ici simplement d’adultes qui s’adaptent à leur trouble, mais d’adultes qui semblent neurologiquement rétablis de leur TDAH, de telle façon que les scans et imageries ne perçoivent plus de différence entre eux et les adultes n’ayant jamais présenté de TDAH, au niveau de l’anatomie et du fonctionnement des aires frontales, soit les parties du cerveau impliquées dans le TDAH (Shaw et al., 2012).

Il reste cependant 50% des enfants atteints du TDAH, chez qui la problématique persiste à l’âge adulte. Les symptômes ont tendance à changer cependant chez l’adulte atteint de TDAH. L’hyperactivité motrice peut s’apaiser, et le besoin de bouger est souvent canalisé dans les sports ou au sein d’un travail actif, ou de projets stimulants qui se succèdent (avec une tendance à débuter un nouveau projet sans avoir mené à terme le précédent). On parle chez l’adulte d’un trouble plus exécutif qu’attentionnel, affectant principalement l’organisation, la planification, et la capacité à mener à terme ce qui est entamé.  Le neuropsychologue Russell Barkley, spécialiste du TDAH, a établi pour sa part une liste de 9 symptômes qui caractérisent l’adulte chez qui le trouble persiste :

  • Distrait par des stimuli extérieurs;
  • Prend des décisions impulsives;
  • A de la difficulté à cesser une activité ou un comportement, même lorsqu’il/elle le devrait;
  • Débute un projet ou une tâche sans lire ou écouter les instructions correctement;
  • Ne tient pas ses promesses ou ses engagements;
  • A de la difficulté à faire les choses dans le bon ordre, la bonne séquence;
  • Sujet à faire de la vitesse excessive en conduite automobile, ou à commettre des erreurs d’inattention en conduite automobile;
  • Difficulté à soutenir son attention sur une tâche ou une activité de loisir;
  • Difficulté à organiser et planifier ses tâches et ses activités.

 

Et si on pouvait “voir” le TDAH dans le cerveau, y croiriez-vous?

Il y a quelque chose d’abstrait dans le TDAH, quelque chose qu’on ne peut pas réellement voir et qui nous fait douter de l’existence même de ce trouble. “C’est une invention de notre société parce que les parents n’ont plus le temps de s’occuper de leurs enfants” dira-t-on.  Il y a aussi quelque chose de normal et même d’absolument souhaitable à voir un enfant bouger, s’exciter, rire, crier, et penser davantage à jouer qu’à travailler. À partir de quand est-ce que ce n’est plus normal? “Laissez-le donc être un enfant” entendra-t-on également. Alors comment croire au diagnostic de quelque chose qu’on ne peut pas voir et qui paraît par ailleurs normal et souhaitable chez un enfant?

Et si on pouvait le voir le TDAH dans le cerveau y croiriez-vous? Vous ne remettriez pas en doute un diagnostic d’os fracturé si vous voyez la radiographie. Vous ne remettriez pas en doute un diagnostic de cancer si on vous montrait la masse au scan. Souvent, nous sommes ainsi faits que “voir c’est croire”, alors puisqu’il en est ainsi, laissons-nous convaincre par l’animation suivante:

 

Dans cette étude, le Dr Philip Shaw et son équipe (Shaw et al. PNAS, 2007) ont utilisé une méthode d’imagerie (scan) pour mesurer l’épaisseur du cortex à différents endroits (sur 40 000 points) et à différents âges. Ils ont établi une épaisseur corticale moyenne à chaque âge entre 5 et 13 ans, en comparant les enfants diagnostiqués du TDAH, à des enfants contrôles, donc sans TDAH. Sur l’animation ci-haut, plus une zone est foncée, plus les connexions neuronales y sont développées (et donc plus le cortex est épais). Le résultat ainsi obtenu frappe par sa saillance, et l’animation ainsi produite parle d’elle-même. On y voit se dérouler la maturation accélérée des aires frontales entre les âges de 5 et 10 ans chez le groupe d’enfants contrôles, alors qu’un retard de maturation de ces mêmes aires est manifeste et indiscutable chez le groupe d’enfants atteints du TDAH.

Plusieurs études ont démontré par le passé un volume et une aire corticale diminuée dans la partie frontale des enfants présentant un TDAH, ainsi qu’une consommation d’oxygène et de glucose diminuée dans ces mêmes aires, laissant croire à une sous-activation de celles-ci. Depuis l’étude de Shaw et al. en 2007, plus aucun doute ne subsiste : Le TDAH est un trouble neurologique, dont les symptômes sont hors du contrôle et de la bonne volonté de l’enfant. Il lui sera donc nécessairement plus difficile de porter attention et de faire preuve d’auto-contrôle.

 

Attention aux FAUX TDAH : Le neuropsychologue pour s’assurer d’un bon diagnostic

Malheureusement le TDAH n’est pas toujours bien diagnostiqué. Trop souvent on se fie à des impressions et quelques symptômes du quotidien, sans investiguer si ces symptômes ne seraient pas plutôt attribuables à autre chose qu’un TDAH. Par exemple, aux États-Unis, une étude-choc récente a démontré que près d’un million d’enfants américains vivraient avec un faux diagnostic de TDAH et seraient injustement médicamentés alors qu’en fait il ne s’agirait que d’immaturité (Elder et al., 2010; Evans et al., 2010). Cette étude a démontré que le TDAH est davantage diagnostiqué chez les enfants les plus jeunes de leur classe (par exemple les enfants nés aux mois d’août et septembre au Québec sont constamment les plus jeunes de leur classe puisque ceux qui ont 5 ans avant le 30 septembre entrent à l’école un an plus tôt que ceux qui ont 5 ans en octobre). Ces enfants ont simplement un retard de quelques mois en âge sur leurs pairs, ce qui en bas âge explique leurs comportements plus agités et leur durée d’attention plus courte. D’autres problématiques peuvent mener à un faux diagnostic de TDAH comme l’anxiété (l’enfant porte attention aux pensées anxieuses qu’il entretient et non au professeur qui parle), les troubles de langage (affectant souvent l’aspect réceptif, donc la compréhension. L’enfant qui ne comprend pas les explications ne peut les exécuter et donne l’impression d’avoir été inattentif) et parfois même la douance (l’enfant doué s’ennuie en classe et commence à déranger parce qu’il s’ennuie en classe et cherche à se stimuler autrement).

 

Le neuropsychologue est outillé pour faire le diagnostic du TDAH et par ses tests, il est le professionnel le mieux outillé pour faire le lien entre les symptômes de l’enfant et les fonctions du cerveau, afin d’assurer un diagnostic précis. Voici quelques règles de base afin de s’assurer d’un bon diagnostic du TDAH :

  1. Une anamnèse avec les parents : Les parents doivent être rencontrés et une histoire complète du développement de l’enfant doit être construite avec le professionnel qui fait l’évaluation. Cette histoire de développement doit aussi être faite lors d’une évaluation chez un adulte.
  2. Des questionnaires aux parents et enseignants : Les questionnaires de symptômes sont fréquemment utilisés et permettent au professionnel qui fait l’évaluation de savoir quels sont les manifestations dans le vie de tous les jours. Attention, ces questionnaires sont essentiels, mais un diagnostic de TDAH ne devrait JAMAIS être basé uniquement sur les résultats à ces questionnaires.
  3. Des tests d’attention à l’enfant : Si l’on veut bien évaluer l’attention et formuler des recommandations appropriées, il va de soi que des tests d’attention soient administrés à l’enfant.
  4. Des tests mesurant les autres capacités cognitives de l’enfant : C’est ce que l’on appelle faire un diagnostic différentiel. Afin de voir si les difficultés d’attention ne seraient pas mieux expliquées par un trouble de langage, ou un trouble d’apprentissage par exemple. Les tests en neuropsychologie permettent de faire ce diagnostic différentiel en dressant un profil cognitif complet de l’enfant, et pas seulement un profil attentionnel.
  5. Une investigation psycho-affective de l’enfant : L’enfant aux prises avec une perturbation affective comme de l’anxiété ou de la tristesse se montrera aussi inattentif en classe. Encore une fois il ne s’agit pas d’un TDAH, puisque le fait de traiter la tristesse ou l’anxiété permettra de régler les difficultés d’attention. Inversement, chez ces enfants, si on traite le TDAH par médication, on risque d’augmenter l’anxiété ou la tristesse comme effet secondaire… Il est donc important que votre professionnel soit aussi en mesure d’investiguer les aspects affectifs et émotifs chez l’enfant.

 

L’enfant TDAH : comme une Ferrari sans carburant

Une belle métaphore existe dans la littérature Québécoise pour illustrer le TDAH. Elle a été formulée par la psychiatre Annick Vincent, dans son livre “Mon cerveau a besoin de lunettes”. Elle y compare donc le cerveau de l’enfant inattentif à l’œil de la personne myope. L’œil de la personne myope possède ce qu’il faut pour voir, mais il lui faut un outil pour l’aider à fonctionner de manière optimale : les lunettes. De la même manière, le cerveau de l’enfant inattentif possède ce qu’il faut pour réussir, mais il lui faut un outil pour l’aider à fonctionner de manière optimale : la médication.

 J’aime expliquer aux enfants (et même aux parents) le déficit d’attention à l’aide d’une autre métaphore, qui a tendance à plaire beaucoup aux petits garçons: celle de la Ferrari. La Ferrari est une voiture de course possédant un moteur ultra-puissant pour la propulser. La Ferrari est capable de performances que les autres voitures n’atteindront jamais. En plus, la Ferrari est belle et fait tourner des têtes sur son passage. Mais la Ferrari, elle ne fait rien de tout ça sans carburant… De la même façon cher enfant, tu possèdes un cerveau ultra-puissant pour réfléchir et apprendre. Ton cerveau est capable de performances exceptionnelles, j’en suis certain. Tu possèdes tout ce qu’il faut pour impressionner et faire tourner les têtes autour de toi. Mais sans attention, ton cerveau ne peut rien faire de tout ça…

J’aime cette métaphore parce qu’elle présente l’attention de manière dynamique, quelque chose que le cerveau consomme lorsqu’il travaille (comme la voiture qui consomme du carburant lorsqu’elle roule) et qui peut s’épuiser à un moment donné. Vue sous cette angle, l’attention devient également quelque chose qui peut être rechargée, comme lorsque l’on amène la voiture aux puits de ravitaillement. Les deux principales façons de “passer à la pompe” pour recharger l’attention étant : le sommeil et l’activité physique. La médication représente une façon d’augmenter la quantité de carburant dans le réservoir au cours de la journée, mais également de mieux utiliser le carburant disponible.

 

Travaillez AVEC le besoin de bouger, et non CONTRE celui-ci

Pour l’enfant atteint du TDAH, bouger est un besoin. Il cherche à attraper tout ce qui est à portée de main pour le manipuler (voire le désintégrer), il gigote sur sa chaise, se tourne et se retourne, sautille sur place, cherche à se lever, etc. Lorsque l’on s’arrête à comprendre le fonctionnement du cerveau, on arrive à une découverte fascinante : neurologiquement, bouger stimule l’attention!

En effet, un lien anatomique existe entre attention / auto-contrôle et motricité puisque la partie frontale du cerveau prend en charge ses deux groupes de fonctions. Ainsi, en raison de la proximité anatomique, de nombreuses connections neuronales existent entre la section “attentionnelle” et la section “motrice” du cerveau. Puisque les neurones de ces deux aires cérébrales sont connectés, lorsqu’une section est activée, l’autre risque de l’être également. Ainsi, les neurones des aires motrices qui envoient un influx nerveux aux muscles pour les activer, projettent également des signaux électriques qui vont activer l’aire attentionnelle du cerveau. Comprenant cela, l’agitation d’un enfant en classe nous apparaît soudainement sous un tout nouveau jour : l’enfant qui s’agite en classe ne cherche pas à déranger et à être “tannant”, il cherche au contraire à être attentif! Le fait de bouger devient son meilleur recours pour éveiller la partie attentionnelle de son cerveau et pour rester à l’écoute de son enseignante! Inversement, si on demande à cet enfant agité de cesser de bouger et de s’asseoir correctement pour écouter, on risque alors d’éteindre la portion attentionnelle de son cerveau, qui dépendait de l’activation motrice pour rester activée.

Ainsi, nous devrions réorienter notre approche de l’enfant TDAH afin de travailler AVEC son besoin de bouger, en canalisant celui-ci de manière acceptable, plutôt que CONTRE ce même besoin, en imposant à l’enfant une position d’écoute statique et passive.

Voici donc quelques recommandations afin de stimuler l’attention de l’enfant par la stimulation motrice :

  • Faire du sport et de l’activité physique : L’activité physique a tellement de vertus qui sont autant de bonnes raisons de s’y adonner. Le sport favorise une meilleure santé, favorise les interactions sociales, augmente l’estime de soi et aide à la régulation des émotions. Mais en plus de cela, l’activité physique permet une oxygénation du cerveau qui éveille les fonctions attentionnelles pendant 20 à 30 minutes après l’exercice.
  • Les balle de tension (ou balle de stress) : Ce sont ces petites balles que l’on manipule dans la main et que l’on peut serrer. En plus d’occuper les mains chez l’enfant TDAH qui cherche à tout attraper autour de lui, ces contractions de la main et de l’avant-bras permettent une réactivation de l’attention et un maintien de l’état de vigilance dans le cerveau.
  • Les coussins gonflables : Ce type de coussin est gonflé et placé sur la chaise de l’enfant. Assis sur celui-ci. l’enfant a un peu l’impression d’être assis sur un gros ballon de style ballon de yoga. Il doit alors contracter les muscles de l’abdomen et du dos pour maintenir une bonne posture. Ces contractions permettent de nouveau une meilleure activation de l’attention.
  • L’élastique : Il s’agit d’élastiques à bande large, en caoutchouc, souvent utilisés en physiothérapie. On peut attacher cet élastique aux pattes avant de la chaise de l’enfant, ce qui fait que l’élastique passe devant ses jambes. L’enfant peut alors forcer vers l’avant avec ses jambes, contre la résistance que procure l’élastique. Ces contractions en position assise diminuent l’envie de l’enfant de se lever en classe et répondent à son besoin de bouger, tout en étant assis et à l’écoute. De nouveau, ces contractions favorisent l’attention et la vigilance chez l’enfant.

  

Le Ritalin, parlons-en!

Nous y voici, la question fatidique lorsque l’on parle du TDAH : Que penser de la médication? La réponse à cette question mérite des nuances qui sont trop souvent escamotées dans les médias. Première chose il est important de mentionner qu’il existe maintenant toute une gamme de médicaments pouvant traiter le TDAH. Le Ritalin, bien qu’encore fortement médiatisé, n’est dans les faits pratiquement plus prescrit. D’autres options existent et ont maintenant une durée d’action plus longue (permettant de couvrir toute la journée d’école) et une efficacité mieux répartie à travers le temps permettant un effet plus uniforme sur l’organisme. La médication représente donc un bon outil, lorsqu’on a le bon problème : un TDAH. Une part importante de la mauvaise presse attribuée à ces médicaments provient du fait qu’ils sont parfois prescrits sans une bonne évaluation au départ, ce qui entraîne la prise de médication chez des enfants qui n’ont pas réellement de TDAH. La médication ne traite alors rien du tout, et l’enfant ne fait qu’en subir les effets secondaires.

Il faut également savoir que 70% des jeunes ayant un TDAH, répondent très bien à la médication. Cela signifie que leur attention est significativement améliorée, sans qu’ils ne ressentent d’effets secondaires importants. Ces enfants disent alors qu’ils se découvrent soudainement aussi intelligents que leurs camarades de classe alors qu’ils croyaient depuis toujours être incapables d’apprendre et de vivre des succès scolaires. Les parents quant à eux affirment souvent avoir maintenant accès à ce qu’est réellement leur enfant, à ses capacités réelles. Parfois même des parents diront qu’ils peuvent enfin discuter avec leur jeune et construire une relation avec celui-ci, sans qu’il ne soit en train de bouger de tous les côtés et de dire n’importe quelle “folie” qui lui passe par la tête. L’enfant semble devenir plus mature, prendre des décisions plus avisées (moins impulsives) et cela peut alors améliorer également ses relations sociales.

Il reste tout de même un taux de 30% des enfants TDAH qui répondent moins bien à la médication. Ceux-ci ne présentent alors aucune amélioration significative de leur attention, ou alors ils rencontrent plus d’effets indésirables que d’effets positifs liés au traitement. Ce sont les enfants que l’on voit perdre leur vitalité et leur étincelle d’enfant pour devenir amortis et amorphes, ou encore les enfants qui perdent l’appétit au point de devenir chétifs et de ne plus progresser selon leur courbe de croissance. Lorsque ceci est le cas, il paraît impératif de repenser le traitement, et de rediscuter de la dose ou du choix de la médication avec un médecin. 

Surtout, retenez qu’en tout temps la décision de médicamenter un enfant est une décision qui appartient exclusivement aux parents. Au Québec toute personne est en droit de refuser un traitement médical, et aucun moyen de pression ne peut être utilisé pour obliger un tel traitement. Il est donc non seulement immoral, mais également illégal qu’un intervenant du milieu scolaire par exemple “oblige” un parent à médicamenter son enfant, sous peine de lui retirer certains services d’aide comme des séances d’orthopédagogie par exemple.

La médication représente parfois un outil nécessaire, dans les cas de TDAH modérés à sévères. En tant que parents, assurez-vous d’abord d’avoir un bon diagnostic, et ensuite de poser toutes vos questions à un professionnel afin de vous assurer de posséder les informations nécessaires à une prise de décision éclairée et objective.

 

Ressources:

Livres pour les parents :

Livres pour l’enfant :

Livre pour l’adulte TDAH :

Sites internet :

 

L’auteur

Benoit HBenoît Hammarrenger, Ph.D., est neuropsychologue, diplômé de l’Université de Montréal. En 2003, il fonde la Clinique d’Évaluation et Réadaptation Cognitive (CERC) à Laval. La vocation principale du CERC est d’aider les jeunes, enfants et adolescents, qui présentent des difficultés d’apprentissage, et/ou des difficultés de comportement. En 2012, Dr Hammarrenger fonde une seconde clinique à Montréal, et son équipe compte aujourd’hui une vingtaine de spécialistes. À travers ces années, il s’est principalement intéressé au diagnostic du trouble de déficit de l’attention / hyperactivité (TDAH), ainsi qu’à l’enseignement de méthodes parentales efficaces pour gérer les comportements d’opposition chez les enfants. Il offre régulièrement des conférences aux parents et aux enseignants sur le sujet. Pour plus d’informations, vous êtes invités à visiter le site internet du CERC.