Épilepsie

 

Auteure: Sarah Lippé, Ph.D.

Quoi connaître de l’épilepsie

L’épilepsie est un dysfonctionnement du cerveau qui se manifeste par des crises épileptiques : une activité neuronale excessive et trop synchronisée. Les crises se présentent sous plusieurs formes, allant d’un court arrêt des activités de l’individu à une perte de conscience et des convulsions motrices. Si vous faites une crise, vous devez consulter, car la crise épileptique est un signal envoyé par le cerveau d’un dysfonctionnement cérébral. Pour être épileptique, il ne suffit pas de faire une convulsion: il faut avoir présenté plusieurs crises sans cause apparente et/ou avoir une activité cérébrale anormale. C’est le neurologue qui pourra faire ce diagnostic et orienter la personne vers le traitement approprié.

Prévalence

Au Canada, plus de 15 000 personnes reçoivent un diagnostic d’épilepsie chaque année. Quatre-vingts pour cent des personnes diagnostiquées chaque année ont moins de 18 ans, ce qui fait de l’épilepsie un trouble neurologique très important dans la population pédiatrique. Chez les adultes, les personnes recevant un nouveau diagnostic ont souvent plus de 60 ans.

Les types d’épilepsies

Il existe plusieurs types d’épilepsies que le neurologue pourra définir à l’aide des informations cliniques survenant pendant les crises, de l’électroencéphalogramme (EEG) qui recueille l’activité électrique du cerveau et de l’imagerie cérébrale qui permet de vérifier la présence d’une lésion cérébrale. Le neurologue pourra notamment vérifier si l’activité épileptique survient dans une seule région du cerveau ou si elle se propage à l’ensemble du cerveau, si elle survient plutôt le jour ou la nuit et si elle est déclenchée par une stimulation en particulier. Pour connaître l’ensemble des types d’épilepsies et des types de crises, vous pouvez consulter le site internet de l’International League Against Epilepsy.

Les traitements

L’épilepsie est un trouble ayant un spectre de sévérité très large. Quelques individus ne subiront qu’un nombre minimal de crises alors que d’autres auront de nombreuses crises. Certaines épilepsies se traitent facilement par une médication, alors que d’autres demeurent incontrôlables malgré la prise de plusieurs médicaments. Si les crises épileptiques sont sévères, chroniques et récurrentes et qu’elles perdurent malgré l’essai de plusieurs médicaments, le neurologue évaluera la possibilité de suggérer à la personne épileptique des traitements alternatifs. La neurochirurgie démontre une bonne efficacité du contrôle des crises lorsque la zone épileptique du cerveau est bien délimitée. Si les crises débutent dans plusieurs régions du cerveau, le neurologue pourra évaluer la possibilité de suggérer un stimulateur du nerf vague (stimulation d’un nerf qui interfère avec l’activité épileptique du cerveau) ou une diète cétogène (qui contient essentiellement du gras). Ces derniers traitements n’ont pas une efficacité absolue, mais ils peuvent potentiellement diminuer le nombre et l’ampleur des crises, ce qui peut améliorer la qualité de vie de la personne épileptique.

Les troubles cognitifs associés

À l’épilepsie s’ajoutent souvent des troubles associés qui se manifestent par des atteintes cognitives. Les troubles cognitifs peuvent parfois précéder l’apparition de l’épilepsie en se manifestant par des difficultés scolaires. Toutefois, la plupart du temps, les troubles cognitifs sont identifiés à la suite du diagnostic lors d’une évaluation neuropsychologique. Il est primordial que le neuropsychologue vérifie la présence de ces troubles car il pourra mettre en évidence, s’il y a lieu, des atteintes cognitives et émettre les recommandations pertinentes pour un meilleur cheminement professionnel et ultimement une meilleure qualité de vie. En effet, il n’est pas rare d’observer un trouble de la lecture/écriture, du calcul, de la mémoire ou des troubles attentionnels et des fonctions exécutives chez les enfants et les adultes épileptiques. La sévérité des atteintes cognitives chez les personnes épileptiques est souvent liée à l’âge de l’apparition de l’épilepsie, au nombre de crises subies, à la présence de lésions cérébrales visibles à l’imagerie par résonance magnétique et à la prise de plusieurs médicaments. Malheureusement, dans le cas de certaines épilepsies, les troubles cognitifs perdurent malgré la guérison.

L’évaluation neuropsychologique

Puisqu’il est difficile de prédire la sévérité des atteintes cognitives chez les personnes épileptiques, le neuropsychologue est un professionnel clé pour les mettre en évidence, effectuer les diagnostics neuropsychologiques pertinents et s’assurer de la mise en place de mesures facilitatrices et des traitements recommandés. Lors de l’évaluation neuropsychologique, la personne épileptique sera soumise à une série de tests psychométriques permettant l’évaluation notamment de la perception, de la motricité fine, de l’attention, de la mémoire et des fonctions exécutives qui constituent un ensemble d’habiletés qui nous permettent d’atteindre un but. Selon le type d’épilepsie, il est possible d’observer des profils de forces et de faiblesses cognitives chez la personne épileptique. Par exemple, lorsque le foyer épileptique se situe dans les régions postérieures du cerveau, la personne épileptique montre souvent des troubles de la perception visuelle, de l’orientation spatiale et en mathématique. À l’inverse, lorsque le foyer épileptique se situe dans les régions antérieures du cerveau, on observe souvent des troubles des fonctions exécutives qui se répercutent sur la mémoire. Enfin, lorsque le foyer épileptique se situe dans les régions médianes du cerveau, incluant l’hippocampe, on observe des troubles de la mémoire. Toutefois, tel qu’évoqué précédemment, les crises épileptiques peuvent se propager dans le cerveau et atteindre plusieurs régions cérébrales. De plus, les troubles cognitifs ne sont pas seulement provoqués par les crises épileptiques, mais aussi de l’activité anormale entre les crises, des lésions cérébrales sous-jacentes et de la médication prise pour diminuer le nombre et l’ampleur des crises. Vu ce tableau complexe, il est important que le neuropsychologue effectue une évaluation exhaustive, en examinant chaque composante importante pour le fonctionnement cognitif.

En lisant ce texte, vous remettez peut-être en question l’intérêt du traitement pharmacologique puisqu’il peut avoir un impact négatif sur le fonctionnement cognitif. De façon générale, nous remarquons que la majorité des médicaments traitant l’épilepsie engendrent un ralentissement du traitement de l’information. Ainsi, il est possible que la personne sous traitement remarque qu’elle ne réfléchit pas aussi rapidement qu’avant et de ce fait, qu’elle a de la difficulté à retenir toutes les informations qui lui sont transmises. Bien que fâcheux, il s’agit probablement d’un moindre mal comparativement aux conséquences sur le fonctionnement cognitif des crises répétées et de l’activité cérébrale anormale présente entre les crises. Il va sans dire que la majorité des patients épileptiques ont une meilleure qualité de vie lorsqu’ils vivent moins de crises. Le neuropsychologue sera en mesure de vous donner des trucs et astuces afin de contrecarrer les difficultés vécues à cause des médicaments. Par exemple, la personne épileptique pourrait prévoir plus de temps pour effectuer ses tâches, ne pas hésiter à demander aux gens de redonner l’information en petites sections et à prendre des notes de l’information donnée.

En conclusion: les ressources

En terminant, il est important de souligner que des jugements sociaux sont encore véhiculés auprès des personnes épileptiques. Dans le passé, l’épilepsie était un désordre mal compris qui faisait peur, dans certains cas, par la radicalisation et l’importance de la perte de contrôle de l’individu de son corps. On peut comprendre car il s’agit en effet d’un événement anormal. Toutefois, tel que souligné dans ce texte, il existe une grande variété de sévérités et de manifestations de l’épilepsie. De plus, à la suite d’une prise en charge en neuropsychologie, les recommandations du neuropsychologue peuvent aider la personne à diminuer les conséquences négatives que peuvent avoir les atteintes cognitives sur son développement. Aussi, d’autres professionnels tels que le psychologue et le travailleur social peuvent aider la personne épileptique et son entourage à s’adapter à la maladie. Finalement, des associations telles qu’Épilepsie Montréal et Épilepsie Québec, membre de l’Association québécoise de l’épilepsie, permettent aux personnes épileptiques de se rencontrer, d’avoir accès à des formations et de recueillir l’information pertinente pour avoir de l’aide financière gouvernementale. Ainsi, tout n’est pas sombre. Les personnes épileptiques peuvent avoir une vie tout à fait normale. Peut-être côtoyez-vous des gens épileptiques qui ont réussi à vivre avec leurs crises et à cheminer normalement dans leur vie personnelle et professionnelle ?

L’auteure

 Saral LippeSarah Lippé, Ph.D., est neuropsychologue clinicienne, membre de l’Ordre des Psychologues du Québec depuis 2004. Elle est professeure et directrice du programme de formation Ph.D Recherche-Intervention en Neuropsychologie Clinique du Département de psychologie de l’Université de Montréal. Elle est chercheuse au CHU Sainte-Justine et dirige le laboratoire de recherche Neuroscience of Early Development. Ses recherches visent à mieux comprendre le développement cognitif et cérébral.

Remerciements : Sandrine Mendizabal, Domitille Malfait et Patricia Laniel