Traumatisme cranio-cérébral

 

Auteure : Claude Paquette, D.Ps.

Ce n’était pas un bel après-midi d’été. Non, ce n’était pas une journée pour se balader à moto. Pourtant Julie et Martin devaient rentrer de vacance malgré cette pluie torrentielle, car le travail reprenait le lendemain.

Chaussée glissante, visibilité réduite et voilà que la moto se fait emboutir par un véhicule. Bilan : Julie a une commotion cérébrale. Martin a un traumatisme cranio-cérébral sévère.

Quelle est la différence ?

Julie et Martin ont tous les deux subi un Traumatisme Cranio-Cérébral, ou TCC.
Selon la force d’impact sur le cerveau, on catégorise le TCC en trois degrés de gravité :

  1. le TCC léger, aussi nommé commotion cérébrale ;
  2. le TCC modéré : l’impact sur la tête a été assez puissant pour causer des saignements dans le cerveau, visibles au scan cérébral. La personne peut être dans un coma léger pendant quelques heures et rester confuse pendant quelques jours.
  3. le TCC sévère : la force d’impact sur la tête plonge la personne dans un coma plus profond et de plus longue durée. Les saignements au cerveau sont généralement plus graves et peuvent nécessiter une chirurgie.

Julie a un TCC léger : c’est comme si le cerveau se déconnectait pendant quelques secondes, quelques minutes, une « panne d’électricité » très temporaire. Elle pense avoir perdu conscience pendant quelques secondes, elle était confuse, se sentait dans la brume.

Mais il arrive que la « panne d’électricité » dure plus longtemps, c’est la grande noirceur, on parle de coma : c’est signe d’une atteinte au cerveau plus sérieuse. C’est ce qui arrive lorsque la personne a un TCC modéré ou sévère ; plus le TCC est grave, plus le coma est profond. Martin a sombré dans un coma pendant trois jours ; c’est pourquoi on a qualifié le TCC de sévère.

Outre le coma, une autre caractéristique distingue le TCC léger d’un TCC plus grave : c’est la présence ou pas de saignement dans le cerveau. Dans le TCC léger, il n’y a pas de saignement. Le cerveau est « sonné », mais pas significativement endommagé. Les personnes victimes d’un TCC modéré / sévère ont des hématomes ou des contusions dans le cerveau. Martin a eu une contusion hémorragique, comme un bleu, du côté gauche du cerveau.

Est-ce que cela guérit ?

C’est la gravité du TCC qui détermine, en bonne partie, la durée et le degré de guérison : guérison complète en quelques semaines pour la plupart des personnes qui ont eu un TCC léger, ou guérison partielle, sur plusieurs mois, pour les TCC modéré et sévère.

Voyons l’évolution de Julie :
Comme Julie a eu un TCC léger, elle n’a pas besoin d’être gardée à l’hôpital plus d’une journée. Elle pourra rentrer chez elle dès le lendemain de l’accident. Mais elle ne se sent pas bien pour autant et deux semaines de congé seront nécessaires à son rétablissement. Elle souffre de maux de tête et elle doit faire une petite sieste l’après-midi, car elle se sent très fatiguée. De plus, elle remarque avoir de la difficulté à se concentrer : incapable de lire, d’envoyer des courriels ou des textos, car elle voit flou et les maux de tête sont alors amplifiés. Elle se sent à fleur de peau, irritable et émotive. Au début, ces symptômes l’inquiétaient beaucoup, mais elle a été rassurée par sa visite chez la neuropsychologue, qui a bien pris soin de lui expliquer comment évolue un TCC léger :

« Julie, ce que tu ressens est tout à fait normal, ce sont les symptômes typiques d’un TCC léger. De jour en jour, tes malaises vont se dissiper et, dans quelques semaines, tu devrais retrouver ton fonctionnement normal. Ça peut prendre 10 jours, ou 2-3 mois, ça dépend des gens, mais en général les malaises finissent par s’estomper complètement avec le repos ».

On a bien conseillé à Julie de faire attention à sa tête ; le patin à roues alignées, ce n’est pas une bonne idée, du moins pour le reste de l’été ! Une deuxième commotion pourrait laisser des troubles plus graves. On sait en effet que certaines personnes ont beaucoup plus de difficultés à se remettre d’une deuxième commotion. Mais d’autres personnes semblent collectionner les commotions et s’en remettent chaque fois. Des têtes dures faut-il croire !

Il existe en effet des facteurs individuels qui, dans une certaine mesure, influencent la guérison : des facteurs de santé physique, de santé psychologique, de performance cognitive et des facteurs liés au milieu psycho-social. Ainsi, semblent favorisés les jeunes adultes en bonne santé physique, ayant de bons mécanismes d’adaptation psychologique face aux stress, ceux qui se démarquent dans leurs études et qui ont un bon réseau de soutien. À l’inverse, les personnes d’âge plus mûrs, issus de milieux psycho-sociaux moins favorisés (pauvreté, abus de substance, sans emploi) ou qui ont des antécédents de malaises psychologiques (ex. : dépression, anxiété), sont plus susceptibles de surmonter difficilement les effets d’un TCC. C’est l’interaction complexe de facteurs bio-psycho-sociaux que le neuropsychologue cherche à décortiquer.

Et qu’arrive-t-il de Martin ?  Malheureusement, sa guérison ne se fera pas aussi bien que celle de Julie, et un long processus de réadaptation s’annonce.

La réadaptation

Après être resté deux semaines à l’hôpital,  Martin a pu entreprendre sa réadaptation dans un centre spécialisé pour les personnes ayant eu un TCC. À son arrivée en réadaptation, il était paralysé de la moitié droite du corps ; c’est ce qu’on appelle l’hémiparésie. Il avait des difficultés d’élocution, il ne trouvait pas ses mots, ou alors les déformait ; c’est ce qu’on appelle l’aphasie. Il avait aussi une amnésie, par exemple, il ne se souvenait pas d’avoir changé d’emploi trois semaines avant l’accident. De plus, il oubliait ce qu’il faisait de ses journées, s’il avait eu des visiteurs, où se situait sa chambre d’hôpital. En réadaptation, Martin avait toute une équipe autour de lui : un physiothérapeute pour lui apprendre à réactiver la moitié droite de son corps, une orthophoniste pour lui réapprendre à s’exprimer correctement, une ergothérapeute pour l’entrainer à s’habiller, se laver et manger seul.

Le rôle du neuropsychologue

Dans l’équipe de réadaptation, il y avait aussi un neuropsychologue. Il a procédé à une évaluation du fonctionnement cognitif, c’est-à -dire la mémoire, la concentration, le raisonnement, la perception visuelle, les capacités de résolution de problème, bref, les fonctions de nature intellectuelle. C’est aussi le rôle du neuropsychologue de décrire le comportement et de s’enquérir de la réaction émotionnelle de la personne. Une fois que sont ciblés les problèmes découlant du TCC, la réadaptation cognitive peut commencer. Martin a bénéficié de séances régulières d’entrainement de la mémoire, il a appris à mettre en pratique des stratégies pour mieux s’organiser. Mais ce n’est pas tout : un travail a dû être fait pour la gestion du comportement, car Martin avait changé un peu de caractère… Il passait du rire aux larmes, disait tout ce qui lui passait par la tête, posait sans cesse les mêmes questions ; c’est ce qu’on appelle la désinhibition.

Plusieurs phases dans la réadaptation

Après huit semaines de réadaptation fonctionnelle intensive, Martin est arrivé à marcher seul, bien qu’il boitait un peu. Son bras droit manquait de force et restait un peu malhabile, mais au moins il n’était plus paralysé. Sa mémoire s’était améliorée, mais Martin devait tout prendre en note, car il était encore très sensible aux oublis. Sa concentration était limitée et il était distrait. La réadaptation cognitive devait être poursuivie.

Est venu le temps du retour à la maison avec Julie. Mais sa réadaptation n’était pas terminée pour autant. Une autre équipe allait continuer le travail, car il restait beaucoup à faire avec Martin. Allait-il pouvoir reconduire une voiture et reprendre son emploi de programmeur informatique ?
C’est là qu’entre en jeu l’équipe de réadaptation axée sur l’intégration sociale. Cette étape de la réadaptation est la plus difficile au plan psychologique : c’est l’étape des deuils. Car après plusieurs mois de progrès, arrive le plafonnement. Les six premiers mois sont les plus encourageants, car il y a beaucoup de progression ; ensuite s’annonce le plafonnement et se dessinent les séquelles permanentes…

La réadaptation axée sur l’intégration sociale a duré un an, Martin a fait de grands progrès, mais il n’est pas retourné au travail.

Quelles sont les séquelles à long terme d’un TCC ?

Tel que prévu et constaté habituellement après un TCC léger, Julie est restée sans séquelle.

En réadaptation, Martin a côtoyé des gens qui, comme lui, avaient un TCC modéré ou sévère. Mais tous n’avaient pas les mêmes problèmes. La nature des séquelles dépend de quelles parties du cerveau ont été touchées.

Certaines personnes avaient des troubles d’équilibres, d’autres marchaient normalement. Certaines étaient agressives, d’autres complètement amorphes. Certaines paraissaient tout à fait normales, mais avaient néanmoins des étourdissements incommodants.

Mais la plupart des personnes qui ont un TCC modéré ou sévère restent avec des troubles de l’attention, de la difficulté à se concentrer, des pertes de mémoire et souffrent de fatigabilité. Ce sont les séquelles les plus communes, qui parfois incommodent la personne et demeurent la vie durant.

Les séquelles peuvent être légères ou sévères, de sorte qu’il y a des personnes qui regagnent un bon niveau d’autonomie, et d’autres non.

Pourquoi consulter un neuropsychologue ?

Lorsque le neuropsychologue reçoit une personne qui a eu un TCC, il prend d’abord le temps de l’écouter et lui apporter du soutien. Il procède aussi à une évaluation à l’aide de tests pour cibler les problèmes cognitifs qui découlent du TCC. De même, il identifie les problèmes de comportements qui parfois surviennent à cause du dommage au cerveau. Les proches de la personne accidentée doivent parfois subir les désagréments de ces changements de comportement, c’est pourquoi le neuropsychologue accueille les membres de la famille, pour les entendre, mais aussi pour prodiguer des conseils. C’est un travail d’équipe !

Le neuropsychologue prend soin de favoriser l’adaptation psychologique de la personne blessée en l’aidant à bien gérer les émotions ; c’est normal d’être bouleversé lorsqu’on ne fonctionne plus comme avant. On peut devenir déprimé ou très anxieux.

Enfin, le neuropsychologue fait de la réadaptation cognitive, c’est-à-dire qu’il entraine la personne à réactiver ses fonctions cognitives/ intellectuelles par le biais de différents exercices, ou l’aide à développer des stratégies pour compenser ses troubles. Il donne des recommandations pour favoriser les reprises des activités comme les études et le travail, lorsque la personne a la capacité de reprendre ces activités. Sinon, il peut l’aider à développer de nouveaux projets de vie, car c’est bien là le rôle ultime du neuropsychologue : favoriser l’épanouissement de l’individu.

Car avec les milliards de neurones qui constituent le cerveau, même après un TCC, il en reste toujours assez pour mordre dans la vie !

Pour en savoir plus :

Groupe de soutien aux personnes ayant un TCC :
Association québécoise des traumatisés crâniens

La réadaptation :
Institut de réadaptation Gingras-Lindsay de Montréal
Institut universitaire de réadaptation (IRDPQ)
Centre de réadaptation Lucie-Bruneau

Videos:
Le retour au jeu des personnes commotionnées
Commotions cérébrale et dépression (Radio-Canada)

L’auteure

Dre Claude Paquette, neuropsychologueDre Claude Paquette a travaillé pendant 17 ans en réadaptation avec les personnes ayant eu un TCC (Institut de réadaptation Gingras-Lindsay de Montréal). Elle est l’auteure du Guide des meilleures pratiques en réadaptation cognitive (PUQ, 2009). Elle consacre maintenant sa profession à l’expertise neuropsycho-légale.

Pour plus d’informations consultez sa fiche sur le site de l’Ordre des psychologues du Québec.