Trouble d’opposition / provocation

 

Auteur: Benoît Hammarrenger, Ph.D.

Lutte de pouvoir, ou avoir raison à tout prix

Le trouble d’opposition / provocation est caractérisé par une désobéissance quasi-généralisée. Face à une consigne qui lui déplaît, l’enfant peut alors montrer soit de l’opposition passive (semble acquiescer à la demande, mais omet volontairement d’y donner suite), soit de l’opposition active (l’enfant crie, frappe, lance les objets, ou confronte et défie par un “non” en regardant dans les yeux), soit de l’opposition dite passive-agressive (l’enfant semble se conformer à la demande de l’adulte, mais il blesse autrui ou brise “accidentellement” quelque chose en cours d’action).

Face à ces enfants, les parents diront qu’ils se sentent constamment en situation de lutte de pouvoir. L’enfant refuse de se plier aux consignes, puis refuse de se plier aux conséquences et aux punitions imposées par les parents. Dans certains cas, les parents ont même l’impression que l’enfant a pris le dessus dans la maison et que dans le fond, c’est lui qui décide maintenant. Dans les cas plus graves, l’enfant, en plus de refuser de se plier à l’autorité, cherche à provoquer l’adulte. Ces enfants savent ce qui fait fâcher leurs parents, et ils l’exploitent! Ils savent aussi mettre le parent dans l’embarras en faisant des crises en public. C’est d’ailleurs souvent de cette façon, par les crises, qu’ils finissent par obtenir ce qu’ils veulent et qu’ils finissent par avoir régulièrement le dessus sur l’autorité parentale. Il s’agit alors d’un problème sérieux, face auquel il est impératif d’intervenir rapidement. Sans intervention, le trouble oppositionnel avec provocation peut évoluer en trouble des conduites, qui s’apparente davantage à de la délinquance (opposition aux règles de société, comportements qui violent les droits des autres, délits, agressivité physique, etc).

Au diagnostic du trouble oppositionnel avec provocation, le DSM-5 parle d’humeur irritable/colérique, de comportements d’argumentation défiant l’autorité et/ou de comportements vindicatifs.

L’opposition, ça sert à quelque chose!

Il faut d’abord savoir que l’opposition est une phase normale, saine et même souhaitable dans le développement d’un enfant. Vers l’âge de deux ans, l’enfant comprend qu’il a un certain contrôle sur son environnement, mais surtout sur les gens autour de lui. Il comprend qu’il peut dire non à une demande qui lui est formulée, ce qu’il n’avait jamais réalisé auparavant. Il constate même parfois qu’il obtient plus d’attention lorsqu’il s’oppose à une demande que lorsqu’il s’y conforme! L’opposition de l’enfant a alors comme fonction première de lui permettre d’affirmer son individualité. L’enfant affronte ses parents pour la première fois en leur passant le message qu’il peut avoir des envies distinctes de ce qu’ils exigent de lui, et qu’en tant qu’individu, il peut faire valoir ses envies à lui. C’est la “phase du non” qui commence, ou ce que les parents appellent le “terrible two”.

Cette phase doit cependant s’estomper et l’enfant doit revenir en harmonie avec ses parents. Cette harmonisation doit se faire par une approche des deux côtés. Les parents doivent reconnaître l’individualité de leur enfant en le laissant faire des choses par lui-même lorsqu’il le demande, en le laissant faire des choix et prendre des décisions, et en valorisant l’autonomie de l’enfant. L’enfant quant à lui doit réaliser que ses parents lui imposent un cadre qui doit être maintenu, et ce, pour sa propre sécurité. L’enfant doit alors avoir une grande confiance en ses parents, souvent même une confiance aveugle. Même s’il ne comprend pas pourquoi on lui impose un règlement, il doit avoir confiance que ses parents le lui imposent pour son bien. Lorsqu’il se fait discipliner, l’enfant doit avoir suffisamment confiance en ses parents pour croire qu’ils l’aiment toujours autant, et qu’ils se montrent sévères justement parce qu’ils se soucient de son bien-être.

Dans l’enfance, un trouble d’opposition / provocation apparaît habituellement pour l’une des raisons suivantes:

  • L’enfant n’est pas reconnu par ses parents dans ses besoins, dans son individualité et dans sa recherche d’autonomie.
  • L’enfant et ses parents n’ont pas réussi à établir un lien de confiance mutuelle.
  • L’enfant a appris que l’opposition est payante (exemple: il reçoit davantage d’attention lorsqu’il s’oppose que lorsqu’il se conforme, ou encore il sait que s’il s’oppose il a des chances d’avoir gain de cause).
  • Il y aurait aussi une composante génétique qui prédisposerait certains enfants à adopter des comportements d’opposition.

Notons qu’une seconde phase d’opposition normale et souhaitable apparaît à l’adolescence. L’opposition remplit de nouveau la même fonction, soit d’affirmer l’autonomie et l’individualité. L’adolescent commence à avoir des opinions distinctes de celles de ses parents, et ne veut pas toujours suivre le chemin qu’ils ont tracé pour lui. L’adolescent veut aussi se montrer capable de faire les choses par lui-même de façon autonome. Cette opposition est d’une importance capitale afin d’amener l’adolescent à devenir un adulte autonome.

Le rôle essentiel du neuropsychologue

Avant de diriger les interventions, il faut toujours s’assurer qu’on a le bon diagnostic, et il faut connaître les causes sous-jacentes à ce diagnostic. Le neuropsychologue, par ses outils d’évaluation, permet d’établir un profil complet de l’enfant pour le comprendre sous toutes ses facettes. Le neuropsychologue pourra ainsi déterminer si le trouble d’opposition s’inscrit dans un syndrome à origine neurologique comme le TDAH ou le syndrome de Gilles-de-la-Tourette par exemple. On comprendra facilement que l’intervention qui suivra ne sera pas la même si les comportements d’opposition sont attribuables à l’impulsivité de l’enfant hyperactif, à l’attirance de l’interdit de l’enfant Tourette, à un besoin émotif et affectif accru de l’enfant, ou à des failles dans le mode d’intervention parental. Un bon diagnostic en neuropsychologie permet donc de bien diriger les interventions.

Le cycle de l’opposition

Le neuropsychologue américain Russell Barkley a établi un modèle qui détaille remarquablement bien le cycle de l’opposition chez l’enfant. Nous avons repris ce modèle et l’avons adapté pour le présenter dans la figure à la page suivante. On y voit le rôle de l’argumentation dans l’opposition. Ainsi:

1) Initialement les parents formulent une demande à l’enfant, ou lui refusent quelque chose qu’il désire. À cela l’enfant s’oppose et commence à argumenter. En réponse aux arguments de l’enfant, les parents expliquent, réexpliquent, reformulent et réexpliquent de nouveau leur décision. C’est le début de l’argumentation. Puis les parents entrent dans les arguments de l’enfant et souvent on dévie à ce moment dans une argumentation irrationnelle, parce que l’enfant utilise des arguments irrationnels. Par exemple:

Enfant: “Tous mes amis ont ce jouet et pas moi”
Parent: “Bien c’est ça, tu peux aller vivre chez un de tes amis si tu veux!”

Dans cet exemple, l’argument de l’enfant est manifestement invraisemblable, mais les parents y répondent tout de même par un argument tout aussi invraisemblable puisque jamais ils ne laisseraient leur enfant aller vivre ailleurs! Cette argumentation ne mène donc à rien en terme de résolution de la situation.

Barkley, 1981

2) Après un certain nombre de répétitions de la consigne, avec argumentation, les parents passent à la deuxième étape: La menace. On menace alors l’enfant d’une punition ou de la perte d’un privilège. Habituellement l’argumentation continue, mais subit alors un changement de direction. L’enfant n’argumente plus sur la consigne de départ, mais argumente maintenant sur la menace de punition.

3) Au cours de ce cycle, la tension monte de part et d’autre. Cela nous amène à la troisième étape où le parent prend une décision punitive envers l’enfant. Le parent étant en colère, il impose une grande punition à l’enfant, que souvent il n’arrivera pas à tenir une fois que la tension redescendra. Dans ce cas l’enfant apprend qu’en fait les punitions ne tiennent pas. Mais au moment de la punition en question, alors que la tension est forte, l’enfant risque d’exploser et de faire une crise (agression), ce qui envenime encore davantage la situation.

Il y a deux choses à retenir dans le cas d’enfants qui présentent de l’opposition. La première est celle-ci (on verra la seconde plus loin) : L’argumentation est le carburant qui maintient en vie le cycle de l’opposition. Coupez l’argumentation, vous couperez l’opposition. Lorsque le cycle commence, dès votre demande initiale on comptera jusqu’à 3 pour que l’enfant se conforme. Si ce n’est pas fait à trois, on coupe les ponts. On isole l’enfant et on cesse complètement d’interagir avec lui pendant quelques minutes. Un enfant ne peut s’opposer seul sur une île déserte! L’opposition n’existe que s’il y a quelqu’un pour relancer l’enfant. En coupant l’interaction et l’argumentation, on coupe le carburant au moteur de l’opposition.

Le rôle de la fratrie : Comme dans un bon vieux Western Hollywoodien

Depuis que le cinéma existe, une trame de fond semble commune au succès de la production. Cette trame existe depuis les bons vieux Westerns Hollywoodiens, et se retrouve encore aujourd’hui dans les films de science fiction et les drames policiers. À tous ces films, il existe nécessairement deux personnages principaux: Le Héros-gentil, et le Super-vilain méchant. Ces deux personnages suscitent de fortes émotions chez le spectateur, et sont le plus souvent polarisés aux extrêmes dans leurs caractéristiques personnelles. Le héros est beau, fort, courageux, altruiste et gagnant à la fin du film. Le méchant est souvent moins beau, hypocrite, lâche, égocentrique et perdant à la fin du film. On aime le héros, on déteste le vilain. Mais le plus important, c’est que l’un n’existe pas sans l’autre. Le héros ne sert à rien s’il n’y a pas de vilain, et le vilain ne nous ferait pas tant réagir si nous n’avions pas d’abord prit la part du héros. Qui plus est, il ne peut y avoir deux héros, ni deux super-vilains. Lorsqu’un rôle est pris, le prochain acteur devra auditionner pour l’autre rôle.

Mais quel lien avec le trouble de l’opposition chez l’enfant? Eh bien cette trame hollywoodienne à succès se reproduit aussi au sein de votre famille, dans la fratrie. Lorsqu’un enfant présente naturellement un comportement sage et obéissant, et que la réussite scolaire lui est aisée, cela le place naturellement dans la position du héros à la maison. On le félicite pour ses succès, on souligne ses bons comportements, on le serre dans nos bras en s’exclamant à quel point on est fier de lui et on le récompense par des privilèges. L’autre enfant de la fratrie qui présente une personnalité plus téméraire, qui oublie les consignes plus souvent et pour qui la réussite scolaire est moins automatique regarde le héros (son frère ou sa sœur) et constate qu’il ne pourra jamais atteindre ce standard. Il ne lui sert à rien d’auditionner pour le rôle de héros dans la famille, celui-ci étant déjà pris par un autre qu’il se sait bien incapable de déloger. Ainsi, pour avoir une place aussi importante dans sa famille, il ne lui reste plus qu’à se diriger vers le rôle de vilain. Celui qui devient tout le contraire de l’autre. Désobéissant, excité et désagréable. Si l’enfant constate qu’il ne peut obtenir l’amour de ses parents par la réussite, il obtiendra au moins leur attention par l’échec. Il est bien plus valorisant d’obtenir une réaction forte des parents parce qu’on a mal fait quelque chose, que d’obtenir une réaction tiède parce qu’on a bien fait, mais pas autant que le héros dans la famille. Dans un film, celui qui fait bien, mais pas autant que le héros, c’est un figurant, ou tout au mieux, un second rôle. Aucun enfant ne veut être un second rôle, le rôle du méchant devient donc l’alternative pour obtenir un rôle principal. Tout ceci se passe bien inconsciemment et même insidieusement et sur plusieurs mois ou années. Mais graduellement les rôles se campent, se polarisent et chaque enfant agit en concordance avec son personnage.

Ainsi, en tant que parent, il est facile d’avoir en tête cette métaphore pour renverser la vapeur. Il s’agit de se demander, comment peut-on donner un premier rôle positif à l’enfant opposant? La réponse dépend de chaque enfant. Il faut voir dans quoi cet enfant est fort. On pourra par exemple exagérer nos félicitations et l’attention qu’on porte à l’enfant opposant dans le sport, s’il y excelle davantage que l’enfant-héros. On pourra porter nos félicitations et nos récompenses sur les efforts fournis dans les études plutôt que sur le résultat au bulletin. Parfois une consultation avec un spécialiste (psychologue ou neuropsychologue) peut permettre d’établir ce plan d’action permettant de revaloriser positivement l’enfant opposant, et ainsi le sortir de son rôle de vilain.

Au fond, tout revient à un besoin d’être aimé !

Nous disions plus haut qu’il y a deux choses à retenir dans les cas d’opposition. La seconde (et peut-être la plus importante) est la suivante: Aimez votre enfant, aimez-le encore, et consacrez-lui du temps de qualité. C’est le besoin le plus important pour un enfant. Une étude auprès de bébés singes a démontré qu’il leur était plus important d’être près de leur mère que de se nourrir. Face à un choix forcé, ceux-ci préféraient se priver de nourriture que de se priver de leur mère. Au fond nous ne sommes que des primates évolués et cela illustre à quel point chez nos enfants aussi, le besoin de l’amour parental est prédominant.

Pour le lecteur qui n’a pas vécu avec un enfant opposant, aimer son enfant semble une évidence. Pour le parent qui vit au quotidien l’opposition et la provocation d’un enfant, l’amour qu’on pensait inconditionnel semble parfois ébranlé. Et débute ainsi un cycle où on cherche à éviter l’enfant parce qu’on anticipe un contact désagréable. Plus on cherche à l’éviter, plus l’enfant lui, aura besoin de se rassurer du fait que ses parents sont toujours là pour lui. Ainsi, il adoptera encore plus de comportements opposants et provocateurs afin de susciter une réaction et obtenir cette attention de ses parents. Un exemple typique pour les parents d’enfants opposant est le suivant: lorsqu’il joue seul, de manière calme et posée, on évitera à tout prix d’aller voir l’enfant pour ne pas briser ce beau moment de paix. On perçoit l’enfant comme une bombe sur le point d’exploser et on évite cette bombe, de peur de provoquer l’explosion. Ainsi l’enfant qui a à ce moment un comportement exemplaire, ne recevra aucune attention de la part de ses parents. Il aura tôt fait de réaliser que la meilleure façon d’obtenir cette attention sera d’exploser…

Ainsi l’aspect le plus important sera d’établir un lien de confiance fort et inébranlable entre l’enfant et ses parents. Pour ce faire, il est incontournable de passer du temps positif et de qualité avec lui chaque jour pendant 20 à 30 minutes. L’enfant va souvent chercher de l’attention négative par son opposition, là où il n’arrive pas à obtenir de l’attention positive. Notons aussi qu’un enfant hésitera davantage à s’opposer s’il sent qu’il risque de briser un lien positif fort avec le parent et qu’il s’opposera davantage s’il sent qu’il n’a rien à perdre dans son lien avec le parent (ou même s’il sent qu’il y gagne de l’attention). L’enfant doit sentir un lien d’attachement fort, et ce avec ses deux parents. Il vaut la peine d’insister ici sur l’importance de l’investissement non seulement de la mère, mais aussi du père et souvent encore plus auprès de petits garçons qui le prennent comme modèle. Il est aussi recommandé de renverser l’interaction négative en utilisant le plus fréquemment possible des mots positifs envers l’enfant opposant. On le félicite pour ses réussites et ses efforts, et on lui répète qu’on l’aime et qu’on est fier de lui. Les contacts physiques comme les câlins et les baisers sont de puissantes méthodes pour solidifier le lien parent-enfant.

Ressources

Livres pour les parents

Livres pour l’enfant

Sites internet

Comité Québécois pour les jeunes en difficulté de comportement

L’auteur

Dr Benoît Hammarrenger, neuropsychologueBenoît Hammarrenger, Ph.D., est neuropsychologue, diplômé de l’Université de Montréal. En 2003, il fonde la Clinique d’Évaluation et Réadaptation Cognitive (CERC) à Laval. La vocation principale du CERC est d’aider les jeunes, enfants et adolescents, qui présentent des difficultés d’apprentissage, et/ou des difficultés de comportement. En 2012, Dr Hammarrenger fonde une seconde clinique à Montréal, et son équipe compte aujourd’hui une vingtaine de spécialistes. À travers ces années, il s’est principalement intéressé au diagnostic du trouble de déficit de l’attention / hyperactivité (TDAH), ainsi qu’à l’enseignement de méthodes parentales efficaces pour gérer les comportements d’opposition chez les enfants. Pour plus d’informations, vous êtes invités à visiter le site internet du CERC : www.cerc-neuropsy.com