Maladie pulmonaire obstructive chronique

Un trouble respiratoire aux répercussions multiples

Auteurs : Jean-François Gagnon, Ph.D. et Frédérique Escudier, Ph.D.

La maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) se caractérise par une diminution de la capacité respiratoire. Environ 25% des personnes de 40 ans et plus correspondent aux critères d’une MPOC. Cependant, comme le stade léger de la MPOC peut ne pas causer de symptômes ou causer des symptômes qui paraissent bénins, ce stade est sous-diagnostiqué et seulement 6% des personnes reçoivent un diagnostic de MPOC. La MPOC est la 4ème cause de décès la plus importante au Canada et aux États-Unis. Au Québec, près de 385 000 personnes en sont atteintes. Les symptômes de cette maladie ne se limitent pas au système respiratoire. La MPOC affecte également le système cardiovasculaire, l’humeur et la cognition.

 

Définition et symptômes de la MPOC

La MPOC regroupe deux maladies, l’emphysème et la bronchite chronique, qui causent des difficultés respiratoires et qui peuvent survenir seules ou ensemble.

  • L’emphysème est une maladie dégénérative qui se manifeste lorsque le tissu pulmonaire se détruit et perd son élasticité entraînant des difficultés à expirer.
  • La bronchite chronique est une inflammation permanente des bronches. Elle cause une hypersécrétion de mucus et une toux qui persistent pendant plusieurs mois. Avec le temps, l’accumulation du mucus dans les bronches va gêner le passage de l’air. Ces deux maladies évoluent lentement et progressivement.

Les symptômes ne se limitent pas aux troubles respiratoires. En effet, les personnes ayant une MPOC vont typiquement présenter un ensemble de conditions cliniques. Ainsi, elles sont à risque de souffrir de maladies cardiovasculaires, de diabète, de troubles anxieux et de l’humeur (dépression) et de perturbations des fonctions cognitives.

 

Les facteurs de risque de la MPOC

Le tabagisme est le facteur de risque le plus courant de la MPOC puisqu’il est responsable de 90% des cas. L’exposition à d’autres particules, telles que la pollution extérieure, la pollution dans les habitations, les substances chimiques utilisées sur le lieu de travail, les infections respiratoires durant l’enfance ou une maladie génétique (déficit en alpha1-antitrypsine) peuvent également provoquer une MPOC.

 

L’évolution de la MPOC

La capacité fonctionnelle respiratoire (la quantité d’air et la vitesse à laquelle elle est expirée des poumons) permet de catégoriser la sévérité de la maladie en quatre stades: léger, modéré, sévère et très sévère. Au stade léger, la personne ressent un essoufflement seulement lors d’un exercice énergique, alors qu’au stade le plus sévère, le patient est essoufflé en effectuant de simples tâches de la vie quotidienne. Avec la progression de la maladie, les capacités respiratoires ne sont pas les seules à se détériorer. En effet, les symptômes associés à la MPOC (atteintes cognitives, troubles de l’humeur, maladies cardiovasculaires) vont progresser simultanément.

 

Les exacerbations de la MPOC

Les personnes aux prises avec une MPOC peuvent éprouver des aggravations soudaines de leurs symptômes, ce sont des périodes d’exacerbation de la maladie. Elles peuvent être causées par une infection bactérienne ou virale, des allergies, la pollution ou une embolie pulmonaire. La fréquence et la sévérité de ces exacerbations vont augmenter avec l’évolution de la maladie. Selon la sévérité de l’exacerbation, une hospitalisation peut être nécessaire mais les programmes d’autogestion de la MPOC permettent d’en identifier les signes précurseurs afin de les prévenir. Durant ces périodes d’exacerbation, les atteintes cognitives vont souvent s’aggraver. Ces périodes sont ainsi caractérisées par une altération de la vitesse de traitement de l’information, de la concentration et de la mémorisation. Cependant, l’aggravation des troubles cognitifs durant la période d’exacerbation peut ensuite se réduire les mois suivants.

 

La prise en charge de la MPOC

Un des points clés de la prise en charge de la MPOC est de diminuer l’exposition aux particules responsables de la maladie, donc par exemple d’encadrer l’arrêt du tabac, pour en diminuer sa progression.

Différents types de traitements sont disponibles. Ils ne permettent pas de guérir la MPOC mais visent à soulager les symptômes, ralentir la progression de la maladie et améliorer la qualité de vie. Ainsi, les patients peuvent suivre des programmes de réadaptation pulmonaire qui comprennent des exercices physiques et un enseignement structuré pour améliorer la gestion de la maladie. Le programme « Mieux vivre avec une MPOC » a été créé au Canada par l’Université McGill et est utilisé par la majorité des professionnels de la santé au Québec. Ce programme comporte neuf modules tels que la prévention des symptômes, la gestion du stress et de l’anxiété, le maintien d’un style de vie sain et satisfaisant ou l’intégration d’un programme d’exercices. Selon les symptômes, le médecin pourra également prescrire divers médicaments (bronchodilatateurs, corticostéroïdes, antibiotiques). Pour les cas les plus sévères d’hypoxémie (diminution de la quantité d’oxygène transportée dans le sang), on peut recourir à l’oxygénothérapie (supplément d’oxygène) et à la chirurgie (réduction du volume pulmonaire en retirant la partie la plus atteinte, transplantation pulmonaire).

 

L’anxiété et la dépression dans la MPOC

Les symptômes d’anxiété et de dépression sont courants chez les personnes ayant une MPOC. Celles-ci seraient 2 à 3 fois plus à risque d’avoir une dépression ou de l’anxiété que le reste de la population. Les symptômes dépressifs ou anxieux sont associés à la sévérité des symptômes de la MPOC et affectent négativement son traitement et la qualité de vie du patient. En effet, les patients dépressifs ont moins tendance à initier et compléter un traitement de réhabilitation pulmonaire. De plus, lorsqu’ils commencent un programme de réhabilitation, ils nécessitent davantage de supervision et de temps pour que les effets cliniques du programme soient efficaces. Le traitement de la dépression et de l’anxiété, par une médication et une psychothérapie, permet alors de diminuer les symptômes dépressifs ou anxieux et d’améliorer le traitement de la MPOC elle-même.

 

L’atteinte de la cognition dans la MPOC

Pourquoi les patients ayant une MPOC présentent-ils des atteintes cognitives ?

Les atteintes cognitives dans la MPOC seraient en partie causées par la diminution de l’apport d’oxygène au cerveau qui endommage les neurones et la synthèse des neurotransmetteurs (fabrication des messagers chimiques du cerveau). Des études de neuroimagerie ont montré des lésions de la matière blanche cérébrale, ces lésions entraînant une réduction de la transmission des informations dans le cerveau.

Les patients ayant une MPOC sont également plus à risque d’avoir des atteintes cognitives car ils cumulent souvent d’autres conditions connues pour altérer les fonctions cognitives comme le tabagisme, le manque d’activité physique, la dépression, ou des facteurs de risque vasculaires tel que le diabète ou l’hypertension.

Quelle est la nature des atteintes cognitives ?

Les atteintes cognitives sont assez fréquentes, leur prévalence et sévérité évoluant parallèlement à la sévérité de la maladie.

La MPOC cause un déclin cognitif général, les fonctions les plus atteintes étant l’attention, la vitesse de traitement de l’information, l’apprentissage et la mémoire et les fonctions exécutives (capacités à s’organiser, inhiber un comportement ou faire preuve de flexibilité). D’autres fonctions cognitives sont moins sévèrement touchées, notamment les capacités visuo-spatiales, ainsi que le langage.

Le trouble cognitif léger

Le trouble cognitif léger se caractérise par un fonctionnement cognitif en deçà de ce qui est attendu par rapport à l’âge et à l’éducation d’un individu. La réalisation des activités sociales ou occupationnelles demeure par contre globalement bien préservée. Un individu avec une MPOC a deux fois plus de risque d’avoir un trouble cognitif léger qu’une personne sans MPOC. De 27 à 36% des individus avec une MPOC présentent un trouble cognitif léger, contre environ 12% chez les sujets issus de la population générale. Un faible niveau de scolarité et la présence de plusieurs maladies vasculaires seraient des facteurs de risque du trouble cognitif léger dans la MPOC.

La démence

La démence correspond à un déclin cognitif progressif touchant au moins un domaine cognitif (par exemple la mémoire, l’attention, le langage ou les fonctions exécutives) et qui interfère de façon notable avec les activités de la vie quotidienne. Les démences les plus connues sont la démence de type Alzheimer, la démence à corps de Lewy ou la démence vasculaire. Comme pour le trouble cognitif léger, la MPOC constitue un facteur de risque à l’apparition d’une démence. Peu d’études ont été menées sur l’association entre la MPOC et la démence. Cependant, une étude récente rapporte que les chances de développer une démence seraient deux fois plus élevées pour les personnes qui ont une MPOC que pour le reste de la population.

 

L’impact des atteintes cognitives dans la MPOC

Les patients ayant des difficultés cognitives éprouvent parfois de la difficulté à bien suivre les recommandations médicales. Il est notamment observé que ces patients ne prennent pas toujours bien leur médication, particulièrement si le médicament est libéré grâce à une pompe car son utilisation peut être technique. Ces difficultés à bien suivre le traitement médical accélèrent alors la progression de la maladie et de ses impacts.

Les atteintes cognitives ont également un impact sur les activités de la vie quotidienne des patients. La conduite automobile est l’une des activités touchées puisque c’est une tâche complexe impliquant plusieurs fonctions cognitives, notamment des habiletés exécutives, perceptuelles, motrices et une rapidité de traitement de l’information.

 

La remédiation des troubles cognitifs dans la MPOC

La réduction du volume pulmonaire (retrait de la partie la plus atteinte des poumons par une intervention chirurgicale) a été associée à une amélioration des fonctions cognitives et à une réduction des symptômes d’anxiété et de dépression. Quelques études ont également rapporté un effet bénéfique de l’entraînement physique ou de l’oxygénothérapie sur la cognition dans la MPOC, mais il y a un manque de consensus et la stabilité de ces améliorations à travers le temps reste à étudier. À ce jour, une seule étude a vérifié l’efficacité de l’entraînement cognitif sur la cognition dans la MPOC. Les résultats n’indiquent aucune amélioration des capacités cognitives suite à l’entraînement.

 

Le rôle du neuropsychologue dans la prise en charge de la MPOC

La nature et la sévérité des atteintes pouvant varier d’une personne à l’autre, le neuropsychologue effectuera une évaluation détaillée pour dresser le profil cognitif du patient. Il pourra ensuite lui expliquer les atteintes cognitives qu’il présente, l’impact que ces difficultés peuvent avoir dans son quotidien et suggérer des adaptations pour minimiser leurs conséquences. Les résultats de l’évaluation en neuropsychologie peuvent également aider l’équipe soignante à modifier ses interventions en fonction des capacités cognitives de leur patient.

 

Ressources

 

Auteurs

Jean-François Gagnon

JF GagnonJean-François Gagnon, Ph.D., est professeur de neuropsychologie au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal. Il réalise ses travaux de recherche au Centre d’Études Avancées en Médecine du Sommeil à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et au Centre de Recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Il est titulaire de la Chaire de Recherche du Canada sur le Déclin Cognitif dans le Vieillissement Pathologique. Il s’intéresse au déclin cognitif dans le vieillissement pathologique, incluant la MPOC. Ses travaux visent à identifier les premières manifestations du déclin cognitif afin d’améliorer le diagnostic précoce. Ils visent également à mieux identifier les personnes à risque afin de pouvoir tester éventuellement des interventions visant à retarder et à prévenir le déclin cognitif.

  

Frédérique Escudier

Fred

Frédérique Escudier, Ph.D., a obtenu son doctorat en neuropsychologie de l’Université du Québec à Montréal. Ses recherches doctorales lui ont permis de développer un outil pour mesurer la capacité de prise de décision. Ses travaux actuels concernent les atteintes cognitives des personnes aux prises avec une maladie pulmonaire obstructive chronique ou un trouble comportemental en sommeil paradoxal au Centre d’Études Avancées en Médecine du Sommeil à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal. Elle est également neuropsychologue clinicienne membre de l’Ordre des psychologues du Québec et membre du CA de l’Association québécoise des neuropsychologues.