La douance : plus fréquente qu’auparavant?

La douance : plus fréquente qu’auparavant?

« Mon enfant a des comportements très réactifs et il est hypersensible. On m’a dit qu’il était probablement doué. Comment l’aider? » 

Un motif de consultation dont nous sommes plusieurs neuropsychologues et psychologues à constater la hausse.

Dans nos cabinets, les parents sont de plus en plus nombreux à soupçonner que les difficultés comportementales, sociorelationnelles ou affectives de leur fils ou de leur fille s’expliquent par la douance. 

Ces questionnements viennent souvent des contenus qu’ils ont lus dans des publications ou sur internet, vus à la télévision, écoutés à la radio. En effet, plusieurs parents reconnaissent leur enfant dans le portrait dépeint de l’enfant doué: un enfant bon en classe, parfois anxieux, hypersensible ou hyperactif, souvent créatif et en opposition. 

L’erreur, c’est que ce portrait relève du mythe

La douance ne se décèle pas dans des traits de caractère ou de personnalité, même avec un bon bulletin scolaire. Tout comme elle est rarement la cause de problèmes comportementaux, psychoaffectifs ou sociaux, comme le sous-entendent les motifs de consultation que nous venons d’évoquer. 

Ce sont ces idées reçues que nous devons aujourd’hui déconstruire en consultation. Un exercice parfois difficile face à des parents ou à des intervenants convaincus que l’enfant est doué.

La douance est un sujet « à la mode » depuis quelques années. C’est une excellente chose, car les jeunes touchés par la douance ont longtemps été négligés par la société et par le système d’éducation. Mais cette popularité génère aussi de fausses conceptions, et il règne présentement une confusion autour de la définition même de la douance. C’est pour cette raison qu’en tant que neuropsychologues, nous souhaitons  éclaircir la situation afin de mieux accompagner les enfants et les familles qui ont des questionnements ou qui vivent des défis particuliers qu’ils soient doués ou pas.

Alors, c’est quoi la douance?

D’abord et avant tout, la douance n’est pas un problème ou un trouble. Donc elle ne se diagnostique pas. Selon la définition classique de la douance intellectuelle — qui nous intéresse plus particulièrement en neuroscience et dans un contexte éducatif —, il s’agit d’une capacité qu’ont certains enfants à apprendre exceptionnellement vite. On ne parle pas ici de facilités, mais bien de compétences hors du commun qui s’observent chez une minorité d’individus. 

Ensuite, la douance n’est pas à l’origine de troubles comme le TDAH, l’hypersensibilité, l’anxiété ou autres problématiques neurodéveloppementales. La grande majorité des enfants doués sont, au contraire, globalement mieux adaptés socialement et psychologiquement que la population générale. Et si certains enfants doués présentent un de ces troubles, il s’agit généralement d’une problématique indépendante à la douance qui coexiste avec celle-ci et ces profils sont très rares (on les surnomme twice pour « doublement exceptionnel ») .

La douance à outrance, préjudiciable pour nos enfants

Si nous sommes préoccupées par cet « étiquetage » parfois trop rapide de douance chez nos enfants en difficultés, c’est qu’il prive certains des services d’aide dont ils auraient grandement besoin. Comme l’illustre cet article du Soleil paru suite à notre conférence à l’Ordre des psychologues du Québec sur le sujet, la présomption d’une douance basée sur des intuitions peut fausser ou retarder le diagnostic de plusieurs enfants pour différents troubles neurocomportementaux.

Un triste constat qui s’ajoute à la pression de performance mise sur les épaules de ces enfants qui se croient doués, à défaut. Ou à leur déception — et celle, souvent plus grande, de leurs parents — face à ce qui s’apparente alors à un verdict « Non, votre enfant n’est pas doué. Ses enjeux sont ailleurs ».

Consulter ou ne pas consulter?

Telle est la question! 

La douance ne devrait pas être un motif de consultation en soi, en dehors d’une décision pédagogique à prendre pour un enfant.

Ex. Devancer l’âge d’admission à l’école (4 ans au lieu de 5 ans), sauter une année, lorsque les intervenants scolaires se questionnent sur la pertinence d’offrir des mesures d’enrichissement, ou pour orienter un enfant vers une école ou un programme pédagogique spécifique.

Si des problématiques comportementales, émotives ou sociorelationnelles se présentent chez un enfant, la démarche de consultation devrait alors être axée sur les difficultés vécues par l’enfant, que l’on soupçonne la présence d’une douance ou non. La prise en charge et l’accompagnement à offrir restera orientée sur la nature des difficultés identifiées tout en prenant en considération le contexte de douance, si présent, qui modulera l’expression des problématiques ainsi que l’ajustement des mesures à privilégier.

 

À propos des auteurs

Julie Duval

Dre Julie Duval est neuropsychologue. Sa formation doctorale en recherche a porté sur le développement des capacités intellectuelles chez les personnes cérébrolésées. Sa pratique clinique a été partagée entre le réseau privé et public auprès d’enfants ayant des troubles neurodéveloppementaux. Au CIME depuis plus de quinze ans et au CSSP depuis peu, elle dédie surtout sa pratique à l’évaluation d’élèves en difficulté d’apprentissage ou du comportement.

Marie-Josée Caron

Dre Marie-Josée Caron, PhD est neuropsychologue pédiatrique depuis une quinzaine d’années et œuvre auprès d’enfants et adolescents qui présentent diverses problématiques neurodéveloppementales et/ou de la santé mentale. Elle dispose d’une expertise particulière en douance et en double exceptionnalité (profil cognitif complexe associant douance et trouble). Elle est fondatrice de la clinique Neuropsy Enfant où elle agit à titre de neuropsychologue et de superviseure clinique.

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