Alzheimer | Pas de médicament miracle, mais des interventions pour la compenser Écrit le .
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Alzheimer | Pas de médicament miracle, mais des interventions pour la compenser

Après des mois d’étude, d’attente et de rebondissements, la Food and Drug Administration (FDA) a rendu son verdict : l’Aducanumab, un nouveau médicament pour les patients et patientes souffrant de la maladie d’Alzheimer, a été approuvé, sous la condition qu’une nouvelle étude prouvant son efficacité clinique soit faite par la compagnie pharmaceutique. 

Pourquoi cette décision résonne-t-elle jusqu’au Québec chez les spécialistes, les malades et leurs proches ? Parce que ces dernières années — et malgré le milliard de dollars investi — la recherche pharmaceutique s’est soldée par plusieurs échecs en matière d’efficacité des produits visant à contrer la maladie d’Alzheimer et leurs effets secondaires. 

Alors, quand les compagnies Biogen (É-U) et Eisai (Japon) ont annoncé l’horizon d’un traitement — tel que l’Aducanumab — « Ça a suscité un engouement important, se souvient la Dre Josie-Anne Bertrand, neuropsychologue à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. On se disait que si on arrive à attaquer la neuropathologie, on guérirait la personne. Mais en réalité, c’est plus complexe que ça ».

 

Traiter plutôt que compenser la maladie : un espoir en demi-teinte

L’Aducanumab est bien le premier médicament évalué par la FDA qui vise à soigner la maladie, les traitements prescrits à ce jour ne faisant que compenser les impacts de la dégénérescence cognitive. Mais il n’a rien d’un médicament miracle « Il ne traite qu’une des deux neuropathologies responsables de l’Alzheimer : l’accumulation des plaques amyloïdes dans le cerveau, poursuit la Dre Bertrand. Malheureusement, même si on en retire une bonne partie, les études démontrent que la maladie et les troubles cognitifs continuent à évoluer ». 

Aussi, les effets secondaires importants de l’Aducanumab à fortes doses — nécessaires pour son efficacité — requièrent une investigation médicale poussée avant de le prescrire à quelqu’un « Ça demande un suivi très serré étant donné les effets secondaires potentiels, plus qu’aujourd’hui, résume-t-elle. Mais ça reste supérieur à tous les médicaments qu’on a en ce moment ».

Comme les malades et leurs familles, nombreux sont les neuropsychologues qui espèrent un remède. Car notre profession fait partie du personnel de santé impliqué de près dans le parcours de soin des pathologies neurodégénératives. Mais en quoi consistent nos interventions ? Quelles sont les avenues possibles pour atténuer les effets de l’Alzheimer ?

 

Évaluer, informer, outiller 

« Quand je suis appelée, c’est d’abord pour faire une évaluation pour contribuer au diagnostic », explique d’emblée Hélène Imbeault, neuropsychologue spécialisée en intervention chez les aînés à la clinique de mémoire du CIUSSS CHUS de l’Estrie. Et si un trouble neurocognitif majeur de type Alzheimer se confirme, son rôle consiste à aider la personne à comprendre ses défis cognitifs et à exploiter ses capacités résiduelles pour limiter le plus possible les impacts de la maladie.

L’objectif peut être aussi d’offrir une intervention neuropsychologique et d’outiller le proche aidant avec des techniques d’apprentissage, méconnues du grand public « Quand une personne demande la date dix fois par jour ou n’arrive pas à se souvenir du nom du dernier bébé né dans la famille, l’entourage me demande souvent quoi faire, comment réagir.  On ne le dit pas assez souvent, mais une personne atteinte d’Alzheimer est encore capable d’apprendre » insiste cette spécialiste. Par exemple, la méthode dite de la récupération espacée peut permettre à un malade de retenir des noms de personnes. Ce type d’interventions ciblées a l’avantage — en plus de renforcer l’autonomie — de donner un certain sentiment de contrôle et parfois même de diminuer  l’anxiété déclenchée par les changements cognitifs.

 

Mieux vivre avec la maladie

Diverses recommandations complètent la prise en charge de l’Alzheimer en neuropsychologie « Sur le plan cognitif, on privilégie les activités complexes comme l’apprentissage d’un instrument de musique, d’une langue, ou des techniques informatiques par exemple », conseille la Dre Bertrand. Loin du mythe des mots croisés quotidiens, il s’agit surtout « de diversifier ses activités intellectuelles pour stimuler le plus de zones possible dans le cerveau ».

La Dre Imbeault croit aussi fermement à une approche multidomaine, comme celle expérimentée dans l’étude FINGER1 qui combine entrainement cognitif, conseils en nutrition, suivi cardiovasculaire et activité physique « Les participants qui n’ont pas bénéficié de ces interventions ont eu un risque accru de déclin de 30 %, c’est énorme. » Une telle approche est à préconiser avec les personnes atteintes d’un trouble neurocognitif majeur de type Alzheimer. L’important selon elle, c’est que les personnes continuent à se challenger, même au niveau des interactions sociales « Je leur dis : continuez à parler, même par téléphone ou en visio, continuez à faire ce que vous êtes capables de faire. Moi, en clinique, je vois des gens qui continuent à relever des défis et à profiter de la vie ». 

C’est pour maintenir cette stimulation que la Dre Bertrand invite ses patients à rester actifs à tous les niveaux en se rapprochant d’organismes comme la FADOQ « C’est un gros réseau, avec des regroupements partout et une large gamme d’activités qu’ils ont su renouveler avec le temps, même à distance durant la pandémie ». Elle n’hésite pas également à les aiguiller avec leurs proches vers la Société Alzheimer, qui propose des activités et tout un volet de soutien.

1. Rosenberg, A., Ngandu, T., Rusanen, M., Antikainen, R., Bäckman, L., Havulinna, S., … & Kivipelto, M. (2018). Multidomain lifestyle intervention benefits a large elderly population at risk for cognitive decline and dementia regardless of baseline characteristics: The FINGER trial. Alzheimer’s & Dementia14(3), 263-270.

 

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