Quelle est la position de l’Ordre des psychologues sur la téléneuropsychologie?

En avril 2020, l’OPQ a publié un document proposant des balises pour encadrer la téléneuropsychologie et l’évaluation à distance.

L’ordre identifie 6 principes à prendre en compte avant d’entreprendre une démarche en téléneuropsychologie:

Principe 1: Ne pas compromettre la sécurité des tests
Principe 2 : Faites de votre mieux avec ce qui est à votre disposition
Principe 3 : Soyez rigoureusement attentif à la qualité des données
Principe 4 : Penser de manière critique les substitutions de tests et de sous-tests
Principe 5 : Élargir les intervalles de confiance lors de la conclusion et pour les décisions cliniques
Principe 6 : Maintenir les mêmes normes éthiques de soin que dans les services traditionnels d’évaluation psychologique

Ce document peut être consulté en ligne via ce lien.

La publication originale qui a été adaptée en français par l’OPQ peut être consultée ici.

Quels aspects devrais-je aborder avec mon client avant de débuter une démarche en téléneuropsychologie?

Comme pour toute démarche psychologique, le neuropsychologue devrait toujours s’assurer d’obtenir un consentement libre et éclairé de la part du client en lien avec les enjeux de téléneuropsychologie (voir le formulaire de consentement). Dans ce contexte, il est important de divulguer le type de logiciel utilisé et d’informer le client des limites en lien avec la sécurité et la confidentialité des données transmises par courriel ou par logiciel de vidéoconférence.

En plus des principes suggérés par l’OPQ pour la téléneuropsychologie, nous recommandons de considérer les points suivants :

  • S’assurer de la validité des tests («ce que le test devrait mesurer»). Si, à un moment, le neuropsychologue ou le client a un doute sur cet aspect, la démarche devrait être interrompue et poursuivie en présentiel.
  • Particulièrement pour les évaluations pédiatriques, les délais pouvant être occasionnés par les recommandations de santé publique qui limitent les évaluations en présentiel devraient être abordés. En effet, si le client ne peut être entièrement évalué à distance, la suite de l’évaluation devra se faire dans un délai raisonnable pour être en mesure d’obtenir un profil cognitif fiable et stable dans le temps. Ainsi, la notion “d’urgence” de l’évaluation devrait être abordée avec le ou les clients impliqués.
  • Lorsqu’applicable en clinique privée, il serait important d’aborder la question des tarifs et d’encourager le client à s’informer auprès de ses assurances du remboursement des séances en télépratique.
  • Il est aussi recommandé de rappeler l’importance de la ponctualité aux rencontres et de définir les modalités de gestion des retards. Il serait pertinent d’encourager le client à se préparer pour accéder aux rencontres virtuelles pour éviter les retards liés aux problèmes informatiques.

Est-ce que toutes les clientèles peuvent se prêter à une évaluation à distance?

Le jugement du clinicien est primordial afin de s’assurer de la pertinence et de la validité de l’évaluation à distance. L’Ordre des psychologues offre quelques points de repère.

Voici quelques pistes de réflexion pour vous aider à décider s’il est possible de répondre à la demande au moyen d’une évaluation à distance.

  • Quel est le motif de consultation?
    • Est-ce que la demande est simple, ou plusieurs aspects doivent être évalués?
    • S’agit-il d’une demande d’expertise ou litigieuse ? Si tel est le cas, l‘AQNP ne recommande pas de procéder à distance pour l’instant, sauf pour de très rares exceptions. À titre indicatif, une telle exception peut survenir si deux parties adverses s’entendent pour demander une expertise commune et qu’elles consentent explicitement et par écrit à ce que l’expertise soit réalisée en télépratique, avec les limites qui s’imposent pour une telle évaluation.
    • La demande concerne-t-elle un dossier litigieux, où le risque de plainte au syndic ou de contestation des résultats est plus élevé?  Si oui, serais-je en mesure de justifier mes méthodes le temps venu?
    • Est-ce que certaines fonctions cognitives essentielles pour répondre au mandat pourraient ne pas être évaluées à distance par les moyens à ma disposition ou à la disposition du client?
    • Est-ce que les moyens technologiques pourraient compromettre la valeur de certaines observations nécessaires pour baser mon opinion clinique (ex.: particularités de la relation interpersonnelle pour les cas de trouble du spectre de l’autisme).
  • Est-ce que des composantes affectives ou comportementales ou des problèmes de santé mentale (ex.: délire paranoïde, anxiété) sont à risques de compliquer la démarche proposée, soit  moduler ou invalider les résultats si l’évaluation est faite à distance?
  • Est-ce que mon client présente un état cognitif lui permettant de bien comprendre les tâches qui lui seront présentées?
  • Est-ce que mon client dispose des appareils nécessaires et est suffisamment à l’aise avec la technologie pour être en mesure de bien participer au contexte d’évaluation?
    • De façon absolue, l’âge n’est pas nécessairement un critère pour prédire si un client/patient sera un bon candidat à l’évaluation par télé-neuropsychologie. La présence d’un adulte (clientèle pédiatrique) ou d’un proche aidant (clientèle gériatrique ou avec atteinte cognitive) pourrait permettre de réaliser tout de même une évaluation à distance. Dans tous les cas, il importe de vérifier si le client est à l’aise de procéder à l’évaluation que ce soit avec ou sans l’assistance d’un proche.
    • Si l’assistance d’un proche est requise, vérifiez si la relation avec cet individu permettra un encadrement empathique, sans jugement et protecteur de l’estime de soi de la personne qui sera évaluée. Ce proche est-il en mesure de bien comprendre les tests et son rôle « d’assistant de passation » (ne pas fournir d’indice de réponse aux items)? Il peut être utile de faire l’enseignement préalable au proche sur le rôle qu’il aura à jouer lors de l’évaluation. Au moindre doute, reporter l’évaluation.

Pour plus d’outils lors de la télépratique auprès des enfants, consultez ce document.

Sur le plan technique, quelles sont les recommandations pour favoriser le succès de l’évaluation à distance?

Nous recommandons de consulter le site de l’OPQ pour les recommandations techniques en lien avec la téléthérapie, lesquelles sont aussi pertinentes pour la téléneuropsychologie :

De plus, voici quelques recommandations techniques en lien avec l’administration des tests :

  • Qualité de la communication par vidéoconférence
    • Prévoir un autre numéro de téléphone (client ou proche) pouvant être utilisé en cas d’urgence ou de problème technique.
    • Planifier du temps de configuration et de réglage lors de la première rencontre afin d’assurer une communication optimale.
    • Si le client utilise une communication sans fil (wifi), lui recommander de se placer à une distance la plus faible possible de son routeur sans fil puisqu’une trop grande distance ou des obstacles (mur, étage différent) peuvent nuire à la fiabilité de la connexion et perturber la qualité de la communication par vidéoconférence.
    • Inciter le client à limiter la quantité d’applications ouvertes sur son ordinateur qui peuvent utiliser les ressources internet ou de l’ordinateur. Fermer les autres programmes en cours d’utilisation est particulièrement utile si ce n’est pas un appareil récent.
    • Si la vitesse de connexion internet est limitée (selon le service acheté de son fournisseur), il peut être utile de demander aux proches de s’abstenir d’utiliser des services qui sollicitent la connexion internet au moment du rendez-vous (ex.: Netflix, jeux d’ordinateur ou console en ligne).
  • Sécurité de la communication
    • Confirmer que les appareils utilisés par le client sont connectés à son réseau wifi personnel pour maximiser la sécurité et la vitesse de connexion et lui éviter des frais reliés à la consommation de ses données mobiles.
    • Ne pas permettre de connexion sur des réseaux publics, partagés ou non sécurisés (wifi).
    • S’assurer de garder vos systèmes d’exploitation (Mac OS, Windows, iOS, Android) et logiciels à jour. Se référer à la procédure Zoom pour la mise à jour du Client Zoom.
    • Assurez-vous que vos logiciels antivirus et anti logiciels malveillants sont à jour et que votre système soit analysé périodiquement (avec certaines versions gratuites, il est souvent nécessaire de démarrer l’analyse manuellement).
    • Protégez vos comptes de logiciels de vidéoconférence par un mot de passe unique (non utilisé ailleurs) et suffisamment complexe.
    • Incitez votre client à garder également à jour ses appareils avant votre première rencontre avec lui.
  • Procédure de connexion
    • Fournir à votre client une procédure de connexion spécifique au logiciel de communication que vous utilisez. Consultez notre page internet pour un exemple de procédure à suivre pour Zoom.
    • Sur les appareils mobiles, il n’est souvent pas possible d’établir une communication en vidéoconférence par le navigateur internet, contrairement à un ordinateur Mac ou PC. Il est nécessaire de télécharger au préalable l’application mobile dédiée selon l’appareil utilisé (Apple Store ou Google Play store).
    • Après avoir suivi le lien de la réunion initiée par Zoom, le client doit habituellement s’assurer d’autoriser l’accès à la caméra et au microphone de son appareil en sélectionnant dans un menu ou au bas de la fenêtre du logiciel des options telles que “utiliser l’audio de l’ordinateur” ou “Appeler en utilisant internet” sur un appareil mobile.
  • Caractéristiques des appareils
    • Réaliser des essais avec vos collègues qui utilisent divers appareils comparables à ceux de vos clients avant de débuter vos rencontres formelles.
    • S’assurer que votre client ait accès à un écran d’une grandeur minimale (généralement au moins 13 pouces) afin que les stimuli soient suffisamment gros. Notez que certaines plateformes de téléconférence réduisent la taille des images, donc le clinicien doit vérifier la taille de l’image avant la séance d’évaluation.
    • Prendre en note l’équipement précis de votre client afin de le mentionner dans votre rapport au besoin.
    • Un écran de tablette de format habituel (iPad de 9,7 pouces) pourrait aussi convenir, mais engendre une réduction de la taille des stimuli de 40 à 70% de la taille d’origine selon le matériel de test utilisé.
      • Certaines tâches ne sont toutefois pas appropriées pour une présentation en mode partage d’écran sur une tablette de cette taille (p. ex.: lecture de l’Alouette).
      • Envisager que le client puisse zoomer l’image de votre partage d’écran (agrandir avec le geste des doigts), ce qui pourrait altérer la présentation désirée du test. Il vaut probablement mieux faire des essais préalables et agrandir vos stimuli originaux pour compenser la modification de taille lors du partage d’écran selon le type d’écran utilisé par votre client.
      • La présentation de stimuli sur des écrans extrêmement grands n’a pas été examinée, donc la même précaution s’applique.
    • L’utilisation par votre client d’un téléphone intelligent ou d’une tablette de petite taille (ex.: iPad mini) n’est pas recommandée pour la fonction de partage d’écran, bien qu’il soit possible de s’en accommoder pour certains tests selon la taille des stimuli. Ces appareils peuvent toutefois convenir pour assurer la communication vidéo pour la rencontre.

*** Vous trouverez sur cette page sous l’onglet «télépratique» les recommandations de Pearson en ce qui a trait à l’environnement audiovisuel. Des recommandations spécifiques aux sous-tests du WISC-V sont aussi résumées ici.

  • Utilisation des logiciels
    • Vérifiez régulièrement que l’écran que vous partagez à votre client n’est pas obstrué par la fenêtre de vidéoconférence illustrant les personnes participant à la rencontre. Il y a moyen dans certains logiciels de réduire la taille de cette dernière afin de minimiser l’empiètement ou la réduction de la taille de ce qui est présenté lors du partage d’écran.
    • Certains logiciels offrent à l’animateur (hôte) de contrôler à distance l’ordinateur de son participant, ce qui pourrait être utilisé pour vérifier l’affichage sur l’écran du client.
    • Désactivez les possibilités d’enregistrement et de capture d’écran (voir procédure pour zoom citée plus haut. Ces précautions permettent de mieux préserver la valeur méthodologique et métrologique des tests (article 50 du code de déontologie des psychologues). Bien sûr, l’évaluation en télé-neuropsychologie rend la psychométrie plus vulnérable à cet égard. Une capture d’écran peut être empêchée au sein du logiciel de vidéoconférence, mais tout utilisateur le moindrement débrouillard peut enregistrer ou faire une capture d’écran par un autre moyen notamment à partir des applications du système d’exploitation (Mac OS, iOS, Windows). Cette intention est généralement rare dans l’ensemble de la clientèle évaluée, mais peut être surreprésentée dans certains contextes de pratique (p. ex.: expertises). Il est recommandé d’aborder la question de l’interdiction d’enregistrement dans le consentement initial du client à la télé-neuropsychologie et il est requis d’aviser au préalable le patient s’il devient nécessaire d’enregistrer ou de prendre un capture d’écran au cours de l’évaluation.
    • Utilisez les fonctions d’annotation du partage d’écran uniquement si la tâche le requiert. Ces fonctions peuvent permettre d’administrer certaines tâches à l’aide d’une tablette et d’un stylet, mais permettent également assez facilement au client de prendre des captures d’écran directement à partir du logiciel de vidéoconférence.
    • La présentation de stimuli par l’utilisation des fonctions de partage d’écran permet généralement une meilleure qualité et un plus grand contrôle que le fait de montrer le livret à la caméra.
    • Évitez de présenter des enregistrements audio par le biais du microphone de votre appareil. Cette façon de faire ne permet pas une qualité audio suffisante pour bien discriminer les stimuli. La voix est généralement bien détectée, mais d’autres types de sons sont moins bien reproduits. Le cas échéant, il est plutôt préférable d’utiliser la fonction de partage d’écran du logiciel de vidéoconférence en sélectionnant la fenêtre de votre lecteur média. Il est parfois nécessaire d’activer une option spécifique à cet égard. Par exemple, avec Zoom, il faut cocher l’option “Partager le son de l’ordinateur” en bas de la fenêtre de partage d’écran. Cette façon permet de transmettre directement le son diffusé de votre ordinateur de qualité optimale.

Quelles mesures puis-je prendre pour assurer que l’évaluation et la passation des tests se déroulent bien?

Avant de débuter

  • Portez une attention particulière à l’environnement, au matériel utilisé et au contexte dans lequel se déroule l’évaluation.
  • Demandez au client de prévenir les proches avec qui il habite ou tout visiteur susceptible de le visiter de ne pas le déranger pendant la durée prévue de la rencontre.
  • Demandez si possible de fermer la porte de la pièce et de couper la sonnerie de son téléphone de maison. Au besoin, lui demander d’écrire sur la porte de la pièce le moment à partir duquel il sera disponible.
  • Assurez-vous que le client:
    • bénéficie d’un lieu calme, privé et dénué de distractions (bruits, animaux, enfants);
    • dispose d’un espace optimal pour le travail demandé (ex.: surface plane, outils de travail, bureau avec espace libre, etc.);
    • soit bien positionné en s’assurant qu’il soit assis devant l’écran et non sur son lit ou un sofa;
    • puisse utiliser un support ou positionner son appareil mobile de façon stable pour la rencontre.
  • L’utilisation d’un casque d’écoute avec micro est recommandée pour aider à diminuer les sources de distraction et s’assurer d’une meilleure compréhension des consignes et des stimuli présentés. Mise en garde concernant les casques d’écoute sans micro: ce type d’appareil peut générer des problèmes de transmission du son sur un appareil mobile qui désactive le micro de l’appareil lorsque des écouteurs sont branchés.
  • S’il ne l’utilise pas pour la communication vidéo, demandez à votre client d’éteindre son téléphone et de le laisser à l’extérieur de la pièce d’évaluation au besoin.
  • Désactivez vos notifications et demandez aussi au client de les désactiver ou d’activer le mode “Ne pas déranger”. Ce mode pourrait ne pas être offert sur certains appareils en fonction du système d’exploitation (OS) utilisé. Voici les principaux appareils pour lesquels cette fonction peut être utilisée:
  • S’il est possible de le faire (caméraweb amovible, appareil mobile), demandez au patient de vous faire visiter virtuellement la pièce où il se trouve. Repérez toute source de distraction modifiable ou facteur pouvant nuire à la validité des résultats obtenus (ex.: présence d’une horloge dans la pièce pouvant nuire au test de l’horloge, calendrier accessible sur un mur ou sur l’écran d’un appareil pour l’orientation temporelle).
  • Demandez au client de considérer être dans un bureau professionnel et d’aviser le neuropsychologue s’il devait quitter son poste de travail. Pendant une évaluation à l’extérieur de chez lui, il ne lui viendrait pas à l’esprit de quitter spontanément la pièce pour aller prendre un verre d’eau ou pour s’occuper d’autre autre tâche. Il faut être explicite en renforçant l’importance de rester concentré pendant les tests.
  • Donnez toutes les instructions nécessaires au client pour le matériel à utiliser si nécessaire (p. ex.: ne pas ouvrir le matériel à l’avance, comme une liste de mots de lecture).
  • Vérifiez que le client possède tout le matériel demandé pour l’évaluation: crayon, efface, stylo, crayons de couleur, feuilles blanches.
  • Pour les évaluations pédiatriques, s’assurer que le parent est présent au début et à la fin de la séance d’évaluation et qu’il demeure présent dans l’environnement distant de l’enfant en cas de besoin.
  • Informer au préalable le client ou son proche parent de la procédure à suivre s’il y a une interruption de la communication.
  • Il peut être utile de faire de l’enseignement préalable au proche sur le rôle qu’il aura à jouer au cours de l’évaluation : assistant de passation, aide technique, etc. Lui rappeler l’importance de demeurer neutre et d’éviter de fournir des indices ou d’aider le client à répondre. Insister sur l’importance que toute clarification, incompréhension, ou demande sera gérée par le neuropsychologue.

 

Pendant la séance

  • Rappelez au besoin l’interdiction d’enregistrer sans consentement préalable. Il faut toujours aviser le client au préalable avant de procéder à un enregistrement ou à une capture d’écran.
  • Demandez au client de placer la caméra dans une position optimale pour faire les observations comportementales et du travail accompli. L’utilisation du vidéo est nécessaire afin de vérifier la conformité du patient aux instructions telles que:
    • Ne pas prendre de notes pour les tests auditivo-verbaux;
    • Utiliser les doigts lorsque ce n’est pas permis (p. ex.: Test bref d’attention, BTA);
    • Rechercher les réponses sur internet.
  • Documentez rigoureusement tout problème technique, interruption dans l’environnement ou tout autre incident pouvant altérer la validité des tests afin de pouvoir interpréter correctement les résultats et nuancer convenablement vos conclusions.
  • Prévoyez une pause à une heure fixe prédéterminée afin que votre client puisse répondre aux demandes externes durant la rencontre, s’il y a en a
  • Portez encore plus attention aux effets de la fatigue sur votre client. Il est possible que l’évaluation par vidéoconférence soit plus exigeante qu’une rencontre en présentiel.
  • Valorisez des séances d’évaluation plus courtes et prévoir des pauses plus régulières pour minimiser la fatigue oculaire.

 

À la fin de la séance

  • Expliquez la suite des choses et prévoyez la prochaine rencontre.
  • Donnez les explications sur la procédure à suivre si des productions doivent vous être transmises ( ex : envoi par courriel, quel sera le mot de passe, enveloppe préaffranchie?).
  • Pour les enfants, demandez au parent de revenir dans la salle.
  • Si un adulte a assisté un enfant lors de la passation des tâches, il peut être important de prévoir un moment seul avec celui-ci, afin de lui permettre de poser des questions sur ce qu’il a vu comme types de réponses ou comportements. Ce moment peut également être important pour recadrer certaines réponses ou réactions, rassurer l’adulte et vous assurer que l’enfant sera bien accompagné par celui-ci dans sa compréhension de ce qu’il a fait et des difficultés qu’il a pu avoir durant la séance.

Quels sont les tests recommandés pour une évaluation à distance?

À l’heure actuelle, très peu d’outils d’évaluation ont été conçus spécifiquement pour l’évaluation à distance. La compagnie de tests Pearson a développé la plateforme Q-Interactive qui implique des moyens technologiques comme l’évaluation à l’aide de deux iPads, mais qui s’emploient dans la même pièce, puisque la connexion s’effectue au moyen de la communication Bluetooth.

Nous référons le lecteur au tableau résumé élaboré par Erika Nolan & Rachel Downey, sous la supervision de Dr Lisa Kosky, neuropsychologue, qui présentent les outils d’évaluation ayant déjà fait l’objet d’études de validité pour une utilisation en téléneuropsychologie chez l’adulte.

Nous vous suggérons aussi de valoriser, si possible, l’utilisation de tests avec des formes parallèles ou alternatives (tests de mémoire tel que le BVMT-R, HVLT/CVLT/RAVLT), afin de mieux reprendre le test en présentiel si un imprévu survient et qu’il empêche de compléter l’administration de façon standard ou d’en interpréter les résultats.

Que dit la littérature scientifique sur la validité des tests effectués à distance?

La littérature scientifique suggère une bonne validité des tests administrés par vidéoconférence comparativement à l’approche traditionnelle (Brealy,  2017, Shigekawa et al. 2018). Chez l’adulte, il n’y a pas de différence significative entre la passation de tests par vidéoconférence et la passation traditionnelle en présentiel pour les tests chronométrés et ceux à présentation unique (ex.: séquences de chiffres lues une seule fois) ni sur les tests permettant la répétition.

On note toutefois une variabilité dans les résultats en fonction de la vitesse de connexion. Cet aspect souligne l’importance de s’assurer de la vitesse et de la fiabilité des connexions internet. Il semble aussi y avoir plus de variabilité dans les résultats des tests où il y a une “composante motrice” impliquée (ex.: copie de dessin). Ainsi, la composante motrice requiert la plus grande prudence lors de l’interprétation en raison de l’hétérogénéité des résultats.

Afin de faciliter l’administration de certains tests, on pourrait être tenté d’administrer en partage d’écran certains tests qui ont une version informatisée (p. ex. Wisconsin Card Sorting Test). La prise de position sur les tests informatisés de l’Académie américaine de neuropsychologie clinique (American academy of clinical neuropsychology) et de l’Académie nationale de neuropsychologie (National academy of neuropsychology) nous rappelle que lorsqu’un test administré en personne est disponible sous une forme informatisée, de nouvelles données de validité concernant la version informatisée sont nécessaires (Bauer et al., 2012).

Chez les enfants, les études réalisées jusqu’à ce jour ne démontrent pas de différences entre les résultats qui sont obtenus aux tests par vidéoconférence et ceux qui sont obtenus en présentiel chez les 5 à 9 ans et les 8-12 ans (Waite et al., 2010; Hodge et al., 2019).

Voici les liens pour consulter ces articles :

Qu’en est-il de l’administration de tâches visuoconstructives et visuographomotrices? Comment gérer et quoi faire avec les productions des clients? Est-il possible d’envisager un envoi postal des protocoles de tests?

La compagnie de tests Pearson ne s’oppose pas à l’envoi postal des tests. Il va de soi qu’il importe de respecter les droits d’auteur, lesquels ne permettent pas la photocopie de livrets de stimuli et de protocoles de tests. Nous vous invitons à consulter cette lettre de non-objection de la compagnie Pearson pour les détails concernant la télé-évaluation.

Dans ce contexte, c’est davantage le code de déontologie des psychologues qui encadre la pratique. En effet, l’article 50 stipule que le psychologue doit prendre “les moyens nécessaires afin de ne pas compromettre la valeur méthodologique et métrologique d’un test et, à cet effet, il ne remet pas le protocole au client ou à un tiers qui n’est pas psychologue”.

L’AQNP propose certaines procédures permettant une utilisation rigoureuse et responsable des protocoles et des outils d’évaluation :

 

Présentation des stimuli en mode partage d’écran avec capture d’écran de la production du client.

Lors de l’administration à distance de tests de mémoire visuelle, il faut s’assurer que le client n’ait plus accès à ses productions antérieures. Demandez au client de détruire /déchiqueter devant la caméra sa production après chaque essai, après en avoir fait une capture d’écran préalable. Le simple fait de retourner une feuille au verso peut permettre au client d’apercevoir des éléments de son rappel antérieur à travers la feuille. Pour améliorer la fluidité du déroulement de l’évaluation, il est aussi possible de demander au client de ranger la feuille-réponse dans une enveloppe ou un dossier après chaque essai. En fin de séance, procédez aux captures d’écran de chacune des productions puis à la destruction simultanée de tous ces documents devant la caméra.

 

Envoi postal des questionnaires et protocoles avec enveloppes préaffranchies

Livrets de réponses : fournissez les copies originales des livrets de réponses au client ou au proche qui vous assiste dans l’évaluation avant la séance d’évaluation et communiquez le plan de sécurisation et d’envoi/retour du matériel, en temps réel et après l’évaluation. Par exemple, scellez les livrets de réponses dans des enveloppes séparées et clairement étiquetées (ex.: code de couleur). Demandez au client d’ouvrir les enveloppes devant la caméra et uniquement après en avoir reçu la consigne. Exigez au client de retourner par la poste les livrets de réponses originaux à l’examinateur dans des enveloppes pré-affranchies afin de garantir que la sécurité des tests ne soit pas compromise et que les dossiers de tests puissent être conservés. Il peut être prudent de faire une capture d’écran en fin de séance pour prévenir toute perte de données envoyées par la poste.

Blocs : il arrive que certains neuropsychologues se soient procuré des exemplaires supplémentaires de blocs pour leurs évaluations dans des contextes particuliers (ex.: utilisation par un assistant ou un psychométricien présent avec le client et qui est supervisé à distance par le neuropsychologue). Malgré les défis d’administration et de logistique, si vous décidez d’utiliser tout de même les blocs, ceux-ci doivent être fournis au client et retournés à l’examinateur immédiatement après la séance d’évaluation.

Voir la page de la compagnie Pearson pour d’autres considérations concernant l’administration à distance du WISC-V.

 

Pour les questionnaires et autres documents PDF dont vous possédez les droits nécessaires ou qui sont libres de droits

Il est possible d’héberger ces fichiers sur un service en ligne (ex.: Google drive, Microsoft OneDrive, Dropbox) et de les partager en mode lecture seule, non téléchargeable et avec un lien qui se désactive après une certaine période de temps. Cette façon de faire permet de préserver la validité des outils d’évaluation, mais se doit de respecter les droits d’auteur relatifs à la reproduction de protocoles.

Est-il possible d’évaluer le fonctionnement intellectuel?

La difficulté d’administrer à distance les blocs et les sous-tests de l’indice de vitesse de traitement de l’information (IVT) rend difficile le calcul standard du QI. Pour les évaluations impossibles à reporter, il demeure théoriquement possible d’émettre une opinion clinique, laquelle pourrait être temporaire, basée sur les résultats:

  • des échelles de comportements adaptatifs sur lesquelles se fonde maintenant le niveau de sévérité de la DI selon le DSM5;
  • d’une estimation du QI au moyen de l’indice d’aptitudes générales (IAG ou GAI). L’échelle globale pourrait alors être complétée ultérieurement au besoin.

Chez l’adulte, il est également possible de faire des calculs de prorata ou de faire des substitutions notamment pour les blocs (voir manuel d’administration du WAIS-IV p.29 et 53).

Les livrets de stimuli du WISC 5 et du WAIS-IV ont été rendus disponibles par la compagnie Pearson pour la télé-évaluation en mode partage d’écran. Les manuels sont disponibles sur leur plateforme Q-Global dans la section Bibliothèque de ressources. Vous y apercevrez une liste de tests et les manuels sont disponibles dans l’onglet “Restricted”. L’accès est gratuit jusqu’au 30 juin, mais des coûts d’acquisition des outils en format électronique sont à prévoir par la suite.

Est-ce que l’évaluation à distance permettra de créer un lien de confiance au même titre que lorsque je rencontre mon client en personne?

Selon l’étude de Shigekawa et al. (2018), il semblerait que la téléthérapie ait le même impact que la thérapie en présentiel sur la qualité du lien thérapeutique. Bien que peu d’études se soient penchées sur la question, ces données se font rassurantes. Toutefois, il importe de demeurer vigilant et alerte à des indices qui pourraient indiquer un lien de confiance ténu pour obtenir des résultats valides et permettant de répondre au motif de consultation.Ce ne sont évidemment pas tous les types problématiques qui ont pu être étudiés et certains pourraient mieux convenir que d’autres.

On ne peut évidemment prétendre que le contact soit le même. Il peut notamment être plus difficile pour le neuropsychologue de remarquer certaines réactions non verbales, certains gestes subtils ou l’intonation de la voix par rapport à l’observation directe.