Commotions cérébrales dans le sport

Les neuropsychologues à la rescousse du cerveau

 

Auteur : Dave Ellemberg, Ph.D.

Les activités sportives avec contacts, soit avec des joueurs de la même équipe, avec ceux de l’équipe adverse ou bien avec des pièces d’équipement, risquent d’occasionner des chocs au cerveau. C’est ce que l’on appelle une commotion cérébrale. Cela se produit lorsque le cerveau se heurte contre les parois de la boîte crânienne. Le mot commotion en latin signifie « secousse violente ». Cette secousse peut être causée aussi bien par un choc direct à la tête, au visage ou au cou que par un impact à toute autre partie du corps occasionnant une force impulsive transmise à la tête. C’est le mouvement rapide et violent de la tête qui a pour conséquence que le cerveau se heurte contre les parois de la boîte crânienne.

 

Les catégories de traumatismes crâniens

La commotion cérébrale est une catégorie de traumatisme crânien. En général, nous reconnaissons trois catégories de traumatismes crâniens : graves, modérés et légers. Les traumatismes graves et modérés sont très souvent caractérisés par des fractures du crâne et des pénétrations pouvant causer une hémorragie (saignement au cerveau), un œdème cérébral (enflure au cerveau) et des dommages aux tissus nerveux. La commotion cérébrale, quant à elle, correspond à un traumatisme crânien léger. À la suite d’un traumatisme crânien léger ou d’une commotion cérébrale, on ne note pas de fracture du crâne et, en général, il n’y a pas de blessure apparente à la tête, à part de possibles coupures superficielles au visage, au front ou au cuir chevelu. Cela ne veut pas dire pour autant que la blessure n’est pas grave et qu’elle ne doit pas être prise au sérieux.

 

La commotion cérébrale dans le sport

Le terme commotion cérébrale a été adopté par le monde de la médecine sportive, alors que le terme traumatisme crânien léger est utilisé lorsque l’accident à l’origine de la blessure n’est pas de nature sportive. L’Organisation mondiale de la santé ainsi que plusieurs associations médicales proposent d’utiliser exclusivement le terme traumatisme crânien léger. Malgré cela, dans le monde du sport on persiste à utiliser l’expression commotion cérébrale. Un groupe de chercheurs a démontré que les séquelles occasionnées par une commotion liée au sport sont comparables à celles causées par un traumatisme crânien léger lié à un accident de la route. Dans les deux cas, les chercheurs rapportent des difficultés de mémoire, de l’attention et des autres fonctions cognitives, y compris le raisonnement et la gestion de l’information. Ces résultats ne sont pas surprenants si l’on considère que les impacts qui provoquent des commotions cérébrales sont d’une intensité égale à ceux qui sont à l’origine de bon nombre d’accidents de la route. En effet, des athlètes peuvent subir des coups qui produisent dans leur boîte crânienne une accélération allant de 80 à 140 g, ce qui équivaut à l’accélération causée lorsqu’une voiture entre en collision avec un mur de briques à une vitesse de 60 à 80 km/h.

À long terme, la commotion cérébrale liée au sport pourra entrainer des conséquences plus graves que le trauma crânien léger d’origine routier. Les victimes d’une blessure à la tête qui n’est pas liée au sport ont tendance à se conformer à la prescription de repos physique et mental, et seront peu susceptibles de se placer dans des situations accidentogènes. À l’inverse, les passionnés de leur activité sportive sont plutôt enclins à minimiser leurs symptômes et à retourner rapidement au jeu. Ce faisant, ils deviennent cinq fois plus à risque d’être blessé à nouveau. Les symptômes et séquelles de chaque nouvelle commotion sont de plus en plus importants, et deux commotions subies sur une courte période de temps peuvent avoir de graves conséquences, telles que des handicaps physiques et cognitifs permanents et parfois même le décès.

 

Qu’est-ce qui se passe dans le cerveau lors d’une commotion cérébrale ?

Le mouvement rapide de va-et-vient de la tête lors d’un impact produit une compression des tissus cérébraux suivie d’un étirement de ces mêmes tissus lors du contrecoup. Des études faisant appel à des techniques d’imagerie de pointe ont indiqué que la commotion cérébrale entraînait un « orage chimique » et une crise énergétique dans le cerveau, ce qui empêche ce dernier de fonctionner normalement dans les jours et semaines suivant l’accident.

Les conséquences immédiates d’une commotion sur le tissu du cerveau comprennent les suivantes :

  • Microdéchirures des fibres reliant différentes régions du cerveau
  • Déséquilibre chimique (ex. entrée massive d’ions de calcium dans les cellules)
  • Hyperexcitation des neurones
  • Diminution de l’oxygénation cérébrale
  • Diminution de glucose (le carburant du cerveau)
  • Déséquilibre métabolique
  • Inflammation du tissu cérébral

 

Les commotions cérébrales sont plus fréquentes qu’on ne le pense

Le taux de commotions cérébrales dans le sport

Au Québec tout comme aux États-Unis on considère que les commotions cérébrales liées à la pratique sportive sont un problème de santé publique. Bien qu’aucune étude ne permette de déterminer le nombre exact de blessés, la communauté scientifique et clinique qualifie la situation d’épidémie silencieuse. En moyenne, le nombre de blessures à la tête rapportées par les intervenants sur le terrain suggère que le taux de commotions tourne autour de 5 à 15 %. Cependant, ce chiffre grimpe à 25 % dans les équipes munies d’un protocole établi de gestion des commotions cérébrales, grâce à une meilleure reconnaissance des symptômes. Toutefois, les sondages menés directement auprès des joueurs dressent un tout autre portrait : selon ces données, un joueur sur deux rapporterait des symptômes reliés à une commotion cérébrale lors d’une seule saison sportive. Par contre, il se pourrait que les symptômes rapportés par certains des répondants puissent être attribuables à un autre type de blessure. La réalité se situe possiblement entre ces deux extrêmes, et nous pouvons estimer que, chaque année, de 20 à 40 % des athlètes subissent une commotion cérébrale.

Les commotions cérébrales dans les différents types de sports

Il ne faut pas se méprendre : ce n’est pas seulement la pratique de sports de contacts, comme le hockey sur glace et le football américain, qui permettent les mises en échec et les placages, qui peut entraîner des commotions cérébrales. Plusieurs études suggèrent que les commotions sont aussi fréquentes au soccer qu’au hockey ou au football américain. Le soccer est aussi un sport rapide, et il se distingue des autres sports en ce sens où l’utilisation volontaire de la tête est une partie importante du jeu aérien. La tête propulse le ballon, intercepte sa trajectoire et la redirige. Les coups de coude et de genou à la tête sont fréquents, tout comme les collisions tête contre tête. Les accidents avec impact contre la surface de jeu ne sont pas rares non plus. Tous les sports de contacts et de collisions présentent un risque équivalent d’occasionner des commotions cérébrales. Le rugby et la crosse en sont deux autres exemples. L’athlétisme et la gymnastique, y compris le cheerleading, qui est en plein essor, entraînent eux aussi beaucoup de commotions cérébrales chez les jeunes filles et garçons.

Les signes et les symptômes de la commotion cérébrale

Les manifestations cliniques à la suite d’une commotion cérébrale varient et évoluent différemment selon l’âge et le sexe de l’athlète, le nombre de commotions qu’il a subies par le passé, le temps écoulé entre les commotions et, possiblement, certaines prédispositions génétiques. Le tableau clinique peut présenter les signes, symptômes, troubles cognitifs, déficits moteurs, difficultés d’équilibre et autres changements physiologiques et psychologiques directement attribuables à la commotion cérébrale. Au moment de l’accident, les seuls indices disponibles pour l’équipe d’intervenants présents sur le terrain sont les signes et les symptômes de l’athlète. Les signes sont les manifestations qui peuvent être observées par un tiers. Par exemple, l’entraîneur et les autres intervenants sur le terrain peuvent reconnaître que l’athlète soupçonné d’avoir subi une commotion a du mal à garder son équilibre, est somnolent, a le regard hagard ou se met à vomir. Les symptômes sont, quant à eux, ressentis par l’athlète. Ce dernier peut, par exemple, ressentir des maux de tête et des étourdissements, que personne d’autre ne peut percevoir.

Variabilité des signes et symptômes

Une vingtaine de signes et de symptômes pouvant être ressentis dans les heures suivant une commotion cérébrale ont été répertoriés, mais une dizaine d’entre eux sont le plus souvent rapportés. Selon certaines études, l’athlète qui en est à sa première commotion présenterait en moyenne trois ou quatre signes et symptômes. Le nombre de signes observés et de symptômes rapportés par l’athlète devrait être utilisé seulement à titre indicatif. Certains athlètes ne rapporteront qu’un seul symptôme, mais noteront une évolution plus difficile que d’autres qui en rapportent plusieurs. De plus, un athlète sur cinq ressentira les premiers symptômes jusqu’à 48 heures après avoir subi le choc qui a secoué son cerveau.

Les symptômes les plus fréquents et les plus rares

Deux études indépendantes effectuées auprès d’un grand nombre d’athlètes commotionnés ont démontré que les symptômes les plus fréquemment rapportés sont les maux de tête, suivis des étourdissements, des troubles de concentration, de la confusion et de la désorientation. Les problèmes d’équilibre, des difficultés à se rappeler des événements avant et après l’incident, la somnolence, la vision floue, la sensibilité à la lumière et au son sont aussi parfois rapportés. À l’inverse, la perte de conscience fait partie des symptômes les plus rarement signalés.

Évolution des symptômes avec le temps

Règle générale, les symptômes liés à une commotion cérébrale se résorbent assez rapidement. En fait, bon nombre d’études indiquent que, « habituellement », les symptômes disparaissent complètement dans les sept à dix jours qui suivent l’accident. Malgré cela, le cerveau sera dorénavant un peu plus fragile. Pour un certain nombre d’individus, des séquelles perturberont les fonctions du cerveau et, « par conséquent », interfèreront avec la réalisation d’activités quotidiennes. Certains se plaindront de troubles du sommeil, de difficultés de concentration et d’organisation, de problèmes de mémoire les empêchant d’accomplir leurs tâches au travail, d’aider leurs enfants à faire leurs devoirs et leçons, de réaliser les corvées ménagères et de s’adonner à leurs loisirs. Pour les plus jeunes, c’est la réussite scolaire qui écopera.

 

Commotions cérébrales répétées et séquelles à long terme

Plusieurs études indiquent que les commotions cérébrales on un effet cumulatif sur le cerveau et son fonctionnement. Le sportif ayant subi des commotions répétées présente en général deux fois plus de symptômes que celui qui en est à son premier choc et prendra plus de temps à se remettre de ses symptômes. Les athlètes qui ont subi plus de trois traumatismes cérébraux ont plus fréquemment des maux de tête et des troubles de mémoire. De plus, une étude canadienne ayant évalué les fonctions cognitives de 786 athlètes a révélé que les sportifs ayant subi trois commotions ou plus durant leur vie sportive présentaient des troubles persistants de mémoire verbale. Une analyse comparative de la littérature scientifique met quant à elle en évidence les déficits persistants de mémoire à long terme et des fonctions cognitives supérieures chez les athlètes ayant accumulé trois commotions ou plus.

 

Commotions et vieillissement pathologique

L’accumulation de commotions cérébrales semble également perturber le vieillissement normal du cerveau. Le cerveau de l’individu qui a vécu de multiples blessures cérébrales vieillirait non seulement à un rythme plus accéléré, mais il présenterait aussi des signes de maladies dégénératives qui ressemblent à ceux que l’on retrouve chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Par exemple, des études indiquent que la prévalence du syndrome pré-Alzheimer est cinq fois plus élevée chez les athlètes qui ont subi au moins trois commotions cérébrales comparativement aux athlètes n’ayant jamais subi de commotion cérébrale. D’ailleurs, une étude a démontré que les athlètes exposés à des commotions multiples présentaient des déficits significatifs lors d’une épreuve de mémoire, déficits qui augmentait anormalement en fonction de l’âge. En d’autres mots, plus les athlètes étaient âgés et plus leurs déficits étaient importants ; cela tendrait à démontrer qu’ils présentent un vieillissement cognitif anormalement rapide et pathologique.

 

Syndrome post-commotionnel

Jusqu’à 20 % des personnes ayant subi une commotion cérébrale ressentiront des symptômes qui persisteront au-delà de la période de récupération normale, c’est-à-dire de deux à trois semaines après l’incident. Ces individus sont à risque de développer un syndrome post-commotionnel. Selon les nomenclatures diagnostiques proposées par l’Organisation mondiale de la santé et l’Association américaine de psychiatrie, le syndrome post-commotionnel correspond à des symptômes physiques, cognitifs et psychologiques ainsi qu’à des déficits cognitifs qui persistent à la suite d’un traumatisme crânien. Ces symptômes et ces déficits perturbent le fonctionnement social, familial, professionnel ou scolaire de l’individu au quotidien.

Les sportifs présentant un syndrome post-commotionnel ont généralement accumulé un certain nombre de chocs à la tête, souvent sur une courte période. De plus, des études faisant appel à l’évaluation en neuropsychologie révèlent que les athlètes rapportant avoir été victimes de multiples commotions ont des déficits persistants de la mémoire et des fonctions exécutives. Les avancées scientifiques des dernières décennies en matière de neuro-imagerie soutiennent l’hypothèse de l’origine neurobiologique du syndrome post-commotionnel de l’athlète.

Rôle de la neuropsychologie dans la prise en charge des commotions cérébrales

Les commotions cérébrales constituent un enjeu de santé publique important considérant leur fréquence élevée dans la pratique des sports de contact et le nombre croissant d’adeptes de ces sports. La nature cognitive des troubles qui y sont associés et leur importance expliquent bien pourquoi l’expertise des neuropsychologues est reconnue et incontournable. Comme des déficits de l’attention, de la mémoire et des fonctions exécutives peuvent être associés à un tel traumatisme, le suivi neuropsychologique permet d’évaluer les déficits et de documenter la récupération.

Les chercheurs québécois en neuropsychologie ont grandement contribué à l’avancement des connaissances dans ce domaine. Ils ont été parmi les premiers à identifier les altérations neurométaboliques et neuroélectriques causées par la commotion cérébrale et à étudier cette problématique chez les femmes, les enfants et les personnes vieillissantes.

Les neuropsychologues jouent un rôle déterminant dans l’évaluation et la gestion des commotions cérébrales. À la suite d’une commotion, le neuropsychologue évaluera l’intégrité des fonctions mentales de l’athlète. Les résultats de cette évaluation contribueront non seulement au diagnostic de la commotion cérébrale, mais ils seront aussi essentiels pour guider l’athlète vers un retour au jeu sécuritaire. Dans certains cas, une évaluation spécialisée permettra aussi d’encadrer le retour à l’apprentissage et d’obtenir le soutien scolaire nécessaire, de guider le retour au travail et de planifier un programme de remédiation cognitive en neuropsychologie. Le neuropsychologue aura aussi pour rôle de renseigner l’athlète à propos des risques encourus dans le cas d’un retour à la compétition, mais également de l’accompagner dans l’éventualité où il devrait faire le deuil de son sport et réorienter sa pratique sportive.

 

Conclusion

Les commotions cérébrales doivent être prises au sérieux. Toutes les commotions cérébrales sont importantes et, surtout, il faut se rappeler qu’il n’y a pas de petite commotion. Cependant, une prise en charge rapide peut réduire de façon significative le risque de commotions cérébrales répétées et de séquelles à long terme. Dans un premier temps, cela signifie de retirer un athlète de son activité aussitôt que l’on soupçonne une commotion cérébrale. L’évaluation et l’intervention en neuropsychologie étant au cœur de la saine gestion des commotions cérébrales, une prise en charge dès les premiers jours suivant l’accident peut faire toute la différence. Par la suite, selon l’évolution des signes et symptômes et les résultats de l’évaluation en neuropsychologie, l’athlète pourrait bénéficier d’un programme de réadaptation individualisé dont l’objectif est d’aider à surmonter les symptômes post-commotionnels et les déficits cognitifs persistants, ainsi qu’à guider le retour à l’apprentissage, au sport ou à la vie active et professionnelle.

 

Ressources

Associations

Livre

Commotions Ellemberg  Les commotions cérébrales dans le sport : une épidémie silencieuse. Dave Ellemberg. (Éditions Québec-Livres). 2013

 

 

 

 

 

 

Outils de Gestions des Commotions Cérébrales

  • Protocole de Gestion de Commotions Cérébrales : Ce protocole présente une approche standardisée et une démarche systématique en matière de gestion des commotions cérébrales.
  • CerveauSport : Application francophone pour IPhone permettant une gestion sécuritaire et encadrée des commotions cérébrales.

 

Auteur

D EllembergDave Ellemberg, cofondateur et codirecteur du Centre d’Intervention en Commotion Cérébrale (CICC), est neuropsychologue clinicien, spécialisé dans le domaine des commotions cérébrales et des troubles d’apprentissage. Il est également professeur à l’Université de Montréal, chercheur au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine et au Réseau provincial de recherche en adaptation-réadaptation (REPAR). Le docteur Ellemberg a largement contribué à l’avancement des connaissances scientifiques sur les commotions cérébrales et il était le président du groupe de travail sur les commotions cérébrales mis sur pied par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. Enfin, il a donné plus d’une centaine d’entrevues dans les médias en tant que spécialiste dans le domaine des commotions cérébrales et il a publié le seul ouvrage francophone sur le sujet, Les commotions cérébrales dans le sport : une épidémie silencieuse.