Maladie de Parkinson

Doit-on s’intéresser à la cognition ?

 

Auteur : Jean-François Gagnon, Ph.D.

En 1817, le médecin anglais James Parkinson publie “Essay on Shaking Palsy” dans lequel il décrit les manifestations de la maladie qui porte maintenant son nom. Les troubles moteurs et le manque de dopamine dans la maladie de Parkinson (MP) ont occupé l’avant-scène pendant plusieurs années. Toutefois, il est maintenant bien reconnu que la cognition (ex. attention, mémoire, planification des activités) est également perturbée dans la MP, affectant la qualité de vie des individus atteints et celle de leurs proches. Le rôle du neuropsychologue est donc essentiel dans la prise en charge des personnes qui souffrent de la MP.

 

La maladie de Parkinson

La MP est le désordre neurodégénératif progressif et chronique le plus commun après la maladie d’Alzheimer, touchant jusqu’à 1% de la population âgée de plus de 60 ans. Plus de 100 000 Canadiens en souffrent. La maladie survient en moyenne entre l’âge de 55 et 65 ans. La cause de la MP demeure inconnue, bien que le rôle de certains facteurs environnementaux et génétiques soit suspecté.

 

Symptômes moteurs

Au plan clinique, la MP se caractérise principalement par :

  • un ralentissement dans la planification, l’initiation et l’exécution des mouvements
  • une rigidité musculaire
  • un tremblement lorsque les membres sont au repos
  • une atteinte de la posture.

La perte progressive de certaines cellules du cerveau qui utilisent la dopamine, un messager chimique, serait à l’origine de l’apparition de la plupart de ces manifestations motrices. La prise d’un traitement qui remplace ou imite la dopamine permet d’atténuer pour un certain temps les symptômes moteurs de la MP. Mais l’atteinte motrice de la MP n’est que la pointe de l’iceberg.

Symptômes non moteurs

Ils sont fréquents chez les individus avec la MP en raison de la perte progressive de plusieurs messagers chimiques qui assurent la communication entre les cellules du cerveau (ex. dopamine, acétylcholine, noradrénaline et sérotonine). Ils touchent :

  • l’humeur (dépression, anxiété)
  • la perte de l’olfaction
  • le système nerveux autonome (constipation, incontinence, déglutition, hypotension)
  • le sommeil (insomnie, somnolence excessive durant la journée, rêves agités)
  • la cognition.

Ils apparaissent à tout moment dans l’évolution de la maladie et certains précèdent même l’apparition des symptômes moteurs. Ils sont souvent peu recherchés par les médecins et les professionnels de la santé. Pourtant, les manifestations non motrices de la MP sont très handicapantes pour les individus qui en souffrent. Leur prise en charge représente un véritable défi pour l’entourage et l’équipe traitante.

 

Les troubles cognitifs

Le profil cognitif des personnes qui souffrent de la MP est variable. La nature des troubles cognitifs, le moment de leur apparition et leur évolution diffèrent sensiblement d’une personne à l’autre. Le rôle du neuropsychologue est donc primordial afin d’offrir une prise en charge plus personnalisée.

Domaines cognitifs atteints

Les fonctions exécutives sont souvent touchées en premier. On note alors des difficultés à être attentif, à bien planifier les activités complexes, à trouver des solutions alternatives face à une impasse et à maintenir et manipuler les informations en mémoire. Les capacités d’apprentissage sont également perturbées – l’acquisition de nouvelles informations en mémoire et la récupération de ces dernières sont plus difficiles. Les capacités à conserver les nouveaux souvenirs demeurent assez bien préservées, du moins en début de maladie. Certains individus montrent une atteinte importante des habiletés visuo-spatiales (ex. la copie d’un dessin, l’orientation des lignes, l’identification d’objets). Le langage et les praxies (capacités à réaliser des mouvements volontaires) seraient touchés plus tardivement.

Trouble cognitif léger

Le concept de trouble cognitif léger se définit comme un fonctionnement cognitif qui est sous la moyenne par rapport à ce qui est attendu pour l’âge et l’éducation d’un individu. La réalisation des activités sociales ou occupationnelles demeure globalement bien préservée. Le trouble cognitif léger affecte près du tiers des individus avec la MP. Bien que l’évolution du trouble cognitif léger demeure variable (retour à un fonctionnement cognitif normal, stabilisation ou dégradation), il constitue dans la MP un facteur de risque majeur de développer une démence.

Démence

Lorsque les activités sociales ou occupationnelles deviennent difficiles à réaliser en raison du déclin cognitif, un diagnostic de démence peut survenir. Le plus alarmant, c’est que plus de 70% des individus avec une MP risquent de développer une démence. La présence d’une démence dans la MP est associée à une baisse de la qualité de vie des individus et de leurs proches. L’identification des facteurs de risque de la démence dans la MP est donc primordiale pour permettre le diagnostic précoce et favoriser le développement d’approches thérapeutiques préventives. En voici certains :

  • l’âge
  • la présence d’un trouble cognitif léger
  • la présence de rêves agités (trouble comportemental en sommeil paradoxal)
  • certains symptômes psychiatriques (dépression et hallucinations)
  • la forme plus rigide de la maladie (sans tremblement).

 

Pourquoi consulter un neuropsychologue

Quelques outils de dépistage des troubles cognitifs peuvent être utilisés par les médecins ou les professionnels de la santé. Si l’on suspecte la présence de troubles cognitifs, même subtiles, un examen détaillé des différents domaines cognitifs par un neuropsychologue est souhaitable. Il permet :

  • de préciser la nature et la sévérité des déficits cognitifs
  • d’établir les forces et faiblesses de la personne sur le plan cognitif
  • d’évaluer sommairement l’impact des troubles de l’humeur
  • de transmettre des recommandations au patient, à son entourage et à l’équipe traitante
  • de suivre l’évolution du profil cognitif dans le temps.

 Le travail du neuropsychologue permettra ainsi d’améliorer la prise en charge et le suivi des individus qui souffrent de la MP.

 

Prise en charge des troubles cognitifs

Elle doit s’inscrire dans une démarche globale, car plusieurs autres symptômes sont associés à la démence dans la MP (ex. hallucinations, dépression, chutes, troubles du sommeil). Elle implique parfois plusieurs professionnels de la santé, dont le médecin, le neurologue, le psychiatre, l’infirmière, le neuropsychologue, l’ergothérapeute et le travailleur social. Il n’y a actuellement aucun traitement curatif pour les troubles cognitifs dans la MP. Certains agents pharmacologiques atténuent la sévérité du déclin cognitif, mais il faut bien en évaluer la pertinence et l’impact sur les autres manifestations de la maladie afin d’éviter des effets indésirables. Les traitements pharmacologiques peuvent être complétés par un soutien psychosocial et la rééducation cognitive, par l’entremise de programme d’entraînement structuré.

 

La recherche sur la maladie de Parkinson au Québec

En 2013, un tout nouveau réseau du Fonds de recherche du Québec – Santé, le Réseau Parkinson Québec, a été créé. L’objectif du réseau est de promouvoir la recherche multidisciplinaire sur la MP, et de mettre en lien les chercheurs, les cliniciens et les personnes qui souffrent de la MP intéressées à participer à des projets de recherche. Plusieurs projets sont en cours dont la création :

  • d’un registre de patients
  • d’une base de données (cognition, neuroimagerie, sommeil)
  • d’une banque de matériel biologique.

 

Références

Pour une compréhension plus approfondie de la MP, ces deux sites internet offrent plusieurs informations à jour et pertinentes :

Société Parkinson Québec

Société Parkinson Canada

  

Auteur

JF GagnonDr Jean-François Gagnon est professeur au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal. Il réalise ses travaux de recherche au Centre d’Études Avancées en Médecine du Sommeil à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et au Centre de Recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Il est titulaire de la Chaire de Recherche du Canada sur le Déclin Cognitif dans le Vieillissement Pathologique. Il s’intéresse entre autres aux troubles du sommeil et de la cognition dans la maladie de Parkinson. Ses travaux visent à identifier les premières manifestations de la maladie de Parkinson afin d’en améliorer le diagnostic précoce et de pouvoir tester éventuellement des interventions visant à retarder et à prévenir le développement de la maladie de Parkinson et de la démence.