Nos bonbons d’Halloween peuvent-ils « causer » le TDAH?

Nos bonbons d’Halloween peuvent-ils « causer » le TDAH?

Le temps de la collecte des bonbons avec vos petits monstres, superhéros et princesses approche à grands pas et dans quelques jours, vous aurez probablement une réserve de friandises colorées et sucrées à gérer pour votre marmaille. Certains parents peuvent toutefois se questionner quant à de potentiels effets nocifs pour la santé d’une diète augmentée en sucre et en colorants alimentaires artificiels. Certaines rumeurs circulent aussi sur Internet quant à l’effet du sucre et des colorants alimentaires artificiels sur les comportements d’inattention et d’hyperactivité-impulsivité des enfants et certains prétendent même que le sucre ou les colorants alimentaires artificiels pourraient être une cause du trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité-impulsivité (TDAH). Une étude récente indiquait d’ailleurs que 25% des parents aux États-Unis croyaient effectivement que le TDAH pouvait être causé par une diète trop riche en sucre. Qu’est-ce que la science a à dire sur le sujet?

Commençons par le sucre

Pour le sucre, les résultats des recherches jusqu’à maintenant vont à peu près tous dans le même sens : il n’y a pas de lien entre la consommation de sucre et le TDAH. L’étude la plus citée dans le domaine est la méta-analyse de Wolraich (1995). Rappelons qu’une méta-analyse est une technique statistique qui permet de combiner les résultats de plusieurs études, habituellement sélectionnées sur la base de la qualité supérieure de leur devis scientifique. Cette méta-analyse indique que les 23 études sélectionnées montrent globalement que lorsque l’on soumet deux groupes d’enfants à des diètes différentes, c’est-à-dire un groupe ayant une diète riche en sucre (groupe expérimental) et un groupe ayant une consommation de sucre typique (groupe contrôle) sur plusieurs semaines, les deux groupes ne montrent pas différences au plan des comportements de TDAH. En fait, certaines études récentes suggèrent même que la relation serait plutôt l’inverse de la croyance populaire : ce serait plutôt le TDAH qui entraînerait une consommation élevée de sucre. Par exemple, les personnes ayant un TDAH auraient davantage tendance à consommer des aliments et breuvages riches en sucre, en raison de leur impulsivité et de leur difficulté à s’auto-réguler. Le TDAH pourrait ainsi entraîner des comportements alimentaires de recherche d’aliments sucrés.

Cela étant dit, même si une diète riche en sucre n’a pas d’impact sur les comportements de TDAH ou sur l’émergence du TDAH, il n’en demeure pas moins qu’une telle diète est associée à plusieurs conséquences négatives sur la santé physique (obésité, diabète, hypertension, maladies cardiovasculaires, plusieurs types de cancers, etc.) et psychologique (dépression, anxiété).

Maintenant les colorants alimentaires artificiels

Qui n’a pas déjà sourcillé en lisant des ingrédients tel que « jaune soleil FCF », « bleu brillant FCF »,  « rouge allura AC »? Les colorants artificiels sont au banc des suspects depuis plusieurs décennies en lien avec les comportements de TDAH. Les résultats des études sur le lien entre les colorants alimentaires artificiels et le TDAH sont plus complexes. En général, les colorants alimentaires artificiels semblent bel et bien associés aux comportements de TDAH, mais on ne pourrait prétendre que ceux-ci peuvent « causer le TDAH ». Les études les plus citées dans le domaine sont les méta-analyses de Nigg (2012) et celle de Sonuga-Barke (2013). Ces deux méta-analyses ont compilé les résultats de multiples études qui procédaient sensiblement avec la même méthode : des groupes d’enfants (ayant un TDAH ou sans TDAH, selon les études) étaient d’abord soumis à une diète réduite en colorants alimentaires artificiels, puis ces groupes d’enfants étaient par la suite soumis à une dose élevée de colorants alimentaires artificiels. On mesurait les comportements de TDAH à deux reprises : pendant la diète et suite à l’ingestion d’aliments contenant des colorants alimentaires artificiels. Ces méta-analyses indiquent globalement que les colorants alimentaires artificiels sont effectivement associés à des niveaux d’inattention et d’hyperactivité-impulsivité légèrement plus élevés chez les enfants typiques (sans TDAH) et également chez les enfants ayant un TDAH. Il faut ici souligner le « légèrement ». Dans de telles méta-analyses, il est possible de quantifier un effet (que l’on nomme en science « taille de l’effet » : petit, moyen, grand) et dans le cas des colorants alimentaires artificiels, cet effet est qualifié de petit. Un effet de cette taille est suffisant pour être « détectable » sur de grands échantillons, cependant, il est suffisamment petit pour que plusieurs parents ou enseignants ne remarquent pas de différence au plan des comportements de TDAH de l’enfant. En comparaison, l’effet de la médication psychostimulante chez les personnes ayant un TDAH entraîne habituellement des effets sur les comportements de TDAH qualifiés de grands.

L’Académie américaine de pédiatrie a d’ailleurs récemment (2018) publié un rapport technique portant sur l’ensemble des additifs alimentaires et la santé des enfants. L’Académie mentionne que sur la base des études actuelles, l’élimination des colorants alimentaires artificiels pourrait avoir des impacts positifs chez les personnes ayant un TDAH. Ces résultats de recherche et ces prises de position de certaines associations professionnelles ont d’ailleurs amené des changements aux réglementations concernant les additifs alimentaires dans plusieurs pays. Vous aurez surement remarqué que dans la dernière décennie, l’industrie alimentaire se targue de plus en plus d’offrir des produits sans colorants alimentaires artificiels. Voir le cas du célèbre « Kraft dinner ».

Conclusion : Devrait-on remplacer les bonbons d’Halloween sucrés et ultra-colorés par des peanuts et des raisins secs pour éviter que nos enfants deviennent TDAH ?

Évidemment, il revient à chaque parent de déterminer les conduites et traditions alimentaires qu’il veut transmettre à ses enfants. Idéalement, ceci devrait se faire en tenant compte des consensus d’experts basés sur la recherche. Considérant les connaissances actuelles, il serait probablement un peu extrême d’empêcher vos enfants de manger des bonbons à l’Halloween. Il est clair que le sucre et les colorants alimentaires artificiels ne peuvent pas « causer » le TDAH. Par contre, il semble bien que les colorants alimentaires artificiels peuvent entraîner une légère et temporaire augmentation des comportements d’inattention et d’hyperactivité-impulsivité chez certains enfants. Comme dans plusieurs domaines, la modération a bien meilleur goût! Vous pouvez certainement limiter la quantité de bonbons consommés par jour et limiter la durée de cette orgie de sucre et de colorant. Si vous avez des inquiétudes à ce sujet, n’hésitez pas à vous renseigner auprès du médecin de votre enfant.

Sur ce, nous vous souhaitons une soirée d’Halloween pas trop pluvieuse et une bonne cueillette de bonbons!

 

 

 

Références utiles

Bussing, R., Zima, B. T., Mason, D. M., Meyer, J. M., White, K., & Garvan, C. W. (2012). ADHD Knowledge, Perceptions, and Information Sources: Perspectives From a Community Sample of Adolescents and Their Parents. Journal of Adolescent Health, 51(6), 593-600. doi:https://doi.org/10.1016/j.jadohealth.2012.03.004

Del-Ponte, B., Anselmi, L., Assunção, M. C. F., Tovo-Rodrigues, L., Munhoz, T. N., Matijasevich, A., . . . Santos, I. S. (2019). Sugar consumption and attention-deficit/hyperactivity disorder (ADHD): A birth cohort study. Journal of Affective Disorders, 243, 290-296. doi:https://doi.org/10.1016/j.jad.2018.09.051

Jacques, A., Chaaya, N., Beecher, K., Ali, S. A., Belmer, A., & Bartlett, S. (2019). The impact of sugar consumption on stress driven, emotional and addictive behaviors. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 103, 178-199. doi:https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2019.05.021

Nigg, J. T., Lewis, K., Edinger, T., & Falk, M. (2012). Meta-Analysis of Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder or Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder Symptoms, Restriction Diet, and Synthetic Food Color Additives. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 51(1), 86-97.e88. doi:10.1016/j.jaac.2011.10.015

Schab, D. W., & Trinh, N. H. T. (2004). Do Artificial Food Colors Promote Hyperactivity in Children with Hyperactive Syndromes? A Meta-Analysis of Double-Blind Placebo-Controlled Trials. Journal of Developmental & Behavioral Pediatrics, 25(6), 423-434.

Stevens, L. J., Kuczek, T., Burgess, J. R., Hurt, E., & Arnold, L. E. (2011). Dietary Sensitivities and ADHD Symptoms: Thirty-five Years of Research. Clinical Pediatrics, 50(4), 279-293. doi:10.1177/0009922810384728

Sonuga-Barke, E. J. S., Brandeis, D., Cortese, S., Daley, D., Ferrin, M., Holtmann, M., . . . Sergeant, J. (2013). Nonpharmacological Interventions for ADHD: Systematic Review and Meta-Analyses of Randomized Controlled Trials of Dietary and Psychological Treatments. American Journal of Psychiatry, 170(3), 275-289. doi:10.1176/appi.ajp.2012.12070991

Trasande, L., Shaffer, R. M., & Sathyanarayana, S. (2018). Food Additives and Child Health. Pediatrics, 142(2), e20181408. doi:10.1542/peds.2018-1408

Wolraich, M. L. (1995). The Effect of Sugar on Behavior or Cognition in Children. JAMA, 274(20), 1617. doi:10.1001/jama.1995.03530200053037

À propos de l'auteur

Sébastien Monette

Dr Sébastien Monette est neuropsychologue diplômé de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il travaille comme clinicien-chercheur pour les services de protection de l’enfance (Centre jeunesse) du CIUSSS Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal et il est professeur associé au département de psychologie de l’UQAM. Il pratique l’évaluation neuropsychologique et psychoaffective auprès d’enfants et d’adolescents ayant des profils de comorbité complexes. Ses travaux de recherche portent sur les diagnostics du trouble réactionnel de l’attachement et du trouble de désinhibition du contact social (prévalence, étiologie, développement d’outils de mesure, évaluation, lien avec les troubles neurodéveloppementaux).

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